La contre offensive soviétique

Hitler ordonne : tout repli est formellement interdit !

Avant même l'échec de l'offensive contre Moscou, il est en effet clair que le commandement allemand a commis une lourde erreur.
Les effets du froid, qui oscille entre - 25 et - 30°, sont effroyables. En moyenne, 3 000 soldats allemands sont évacués chaque jour pour gelures. C'est bien sûr moins que les pertes journalières subies durant l'été, lors des grandes batailles, mais les unités ont déjà des effectifs réduits et surtout, les remplacements n'arrivent plus. Au milieu de novembre 1941, le Heeres-Gruppe aurait besoin d'une rotation journalière de 70 convois routiers; ils ne sont que 23 en moyenne à s'aventurer sur les routes.
Sur 110 000 cas de gelures, plus de 10 % (14 537 exactement) sont tellement graves qu'ils nécessitent une amputation. Il y a aussi de nombreux cas mortels. La plupart des hommes souffrent de diarrhée et Bayerlein raconte avec morbidité que « beaucoup d'hommes moururent, l'anus congelé, alors qu'ils satisfaisaient à un besoin naturel. »
L'auteur italien Malaparte raconte avec flamboyance et luxe de détails de nombreuses scènes horribles sur le front de l'Est dans ces livres.
Joukov, de son côté, s'étonne plus prosaïquement que « officiers et soldats portaient des chaussures à leur pointure. Les Allemands ignoraient donc que depuis deux siècles, les militaires russes touchent des bottes d'une pointure supérieure à la leur, de telle sorte qu'ils puissent les remplir de paille ou, de nos jours, de papier journal, pour éviter d'avoir les pieds gelés. »
En un mot, lorsque l'Armée Rouge passe brusquement de la défensive à la contre-offensive généralisée, elle choisit le meilleur moment : son adversaire est épuisé physiquement, fragilisé moralement et privé d'une grande part de son matériel.
Le 6 décembre à l'aube, jetant toutes ses réserves dans la bataille, Joukov passa à la contre-attaque sur les deux pointes avancées allemandes. Sur une armée exsangue, qui venait d'avoir 110 000 évacués pour gelures en quelques jours, l'effet fut immédiat. Hoeppner et Reinhardt durent abandonner Klin, Kalinin, Volokolamsk, avec la quasi-totalité de leur matériel. Au sud, Guderian dut lâcher prise lui aussi. Les Soviétiques dégagèrent Toula, reprirent Kalouga. En six jours, ils s'emparèrent de 400 chars et de 300 canons.
A l'O.K.H., ce fut l'effarement, la panique. Brauchitsch, brisé physiquement et moralement, ne quittait plus son lit. Bock, malade également, ne se levait plus que trois ou quatre heures par jour. La retraite s'imposait, mais où s'arrêter ? Les plus optimistes proposaient la ligne de départ du 2 octobre, certains avançaient les frontières orientales de la Pologne. C'est alors que, dans cette atmosphère de décomposition générale, Hitler intervint avec l'énergie et le sens des réalités des véritables hommes d'État, qu'on le veuille ou non. Passant par-dessus la tête de Brauchitsch, de Halder, de Keitel lui-même et de Bock, il ordonna directement à tous les commandants d'armée : Haltebefehl !
Tout repli était formellement interdit. Chaque officier et chaque homme, déclarait le Führer, doit être convaincu qu'un recul rend l'hiver russe beaucoup plus dangereux qu'une défensive sur place. Le spectre de la retraite napoléonienne doit être écarté. Les troupes devaient constituer des hérissons autour des agglomérations, des kolkhozes, des villages, et résister jusqu'au dernier homme, jusqu'à la dernière cartouche. La Luftwaffe et les unités blindées seraient chargées de ravitailler et de dégager les combattants.
En même temps, une vague de limogeages s'abattit sur le commandement : Brauchitsch, congédié comme un valet, Guderian, sacrifié avec Hoeppner, Leeb, Rundstedt ; au total 35 commandants de grande unité. La décision de Hitler a très probablement sauvé l'armée allemande. Un repli à travers la steppe, par des températures polaires, aurait conduit à une décomposition totale, à une catastrophe comparable à celles qui frappèrent Charles XII ou Napoléon.
bataille de moscou en 1941
soldats allemands pendant l'hiver 1941
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