La fine fleur de la Waffen S.S. dans la bagarre

Leur troisième grande offensive à l'est se soldait par un échec.

Au sud, les Allemands n'eurent guère plus de succès. Là encore, ils lancèrent à l'attaque d'importantes forces le premier jour : quatorze divisions (5 d'infanterie, 8 de panzers et une motorisée) du groupe d'armées Sud du maréchal von Manstein. L'effort principal était dirigé contre le secteur tenu par la Vie armée de la Garde (général Tchistiakov) et mené par la IVe armée blindée commandée par le général Hoth. Il visait Oboian. De son côté, te 3e corps blindé du groupe « Kempff » procédait à une attaque secondaire en direction de Korotcha, contre la Vile armée de la Garde, aux ordres du général Choumilov. On comptait à peu près 700 chars dans l'attaque principale du premier jour de l'offensive, les divisions étant fortement appuyées par l'aviation (on a pu observer environ 2 000 sorties sur le front de Voronej).
Les 52e et 67e divisions de fusiliers de la Vie armée de la Garde eurent à soutenir un choc d'une violence inouïe et leur résistance, tout comme celle de la Vile armée de la Garde, fut si opiniâtre que l'ennemi se vit dans l'obligation d'engager toutes les réserves de la Ive armée blindée et du groupe tactique « Kempff » au cours du premier jour.
Au matin du 6, ce fut une nouvelle attaque allemande qui déclencha des combats très meurtriers. Le général Popel, membre du conseil militaire de la Ire armée de la Garde, devait écrire par la suite dans ses Mémoires :
Je pense que ni moi ni aucun des autres officiers présents n'avions vu tant de chars ennemis réunis pour une seule action. On aurait dit une charge de cavalerie sur laquelle Hoth aurait tout misé. Pour chacune de nos compagnies, forte de 10 chars, les Allemands alignaient 30 à 40 blindés. Hoth savait bien que rien n'était trop cher, quels que fussent les pertes et les sacrifices, pour s'ouvrir la route de Koursk.
Au soir de la deuxième journée, l'attaque ennemie en direction d'Oboïan avait enfoncé la ligne principale de défense au centre du front tenu par la VIe armée de la Garde et s'était approchée de la deuxième ligne, sur laquelle les divisions soviétiques s'étaient repliées. Là, les Allemands furent arrêtés par les corps blindés. La plupart des chars avaient été enterrés et constituaient maintenant autant de nids dont fantassins et artilleurs se servaient comme de remparts pour bâtir une impressionnante barrière de feu. L'attaque allemande sur Korotcha ne fut pas plus payante que les autres.
Les avions soviétiques apportèrent un soutien efficace aux défenseurs, tant en s'attaquant aux chars et à l'infanterie de l'ennemi qu'en disputant la maîtrise du ciel à la Luftwaffe. Le lieutenant Gorovets établit une sorte de record en abattant neuf avions ennemis au cours du même engagement, mais lui-même fut tué.
N'ayant pas réussi â emporter la décision dans le secteur d'Oboian, les Allemands firent alors porter leur effort principal sur Prokhorovka, afin de tourner Koursk par le sud-est. Là, ils jetèrent dans la bagarre la fine fleur de la Waffen S.S. des panzers conduite par les généraux les plus expérimentés. Ils pensaient qu'ils finiraient par trouver la victoire. Ils avaient rassemblé dans ce secteur 700 chars et canons d'assaut, dont une centaine étaient des « Tigre », tandis que le groupe tactique « Kempff », avec ses 300 chars, montait une attaque secondaire également sur Prokhorovka, mais venant du sud.
Le commandant du front de Voronej, en accord avec la STAVKA, décida de monter une contre-offensive d'envergure contre le coin enfoncé par les Allemands. Le rôle principal dans l'opération fut confié aux deux armées qui provenaient de, la réserve de la STAVKA, la Ve de la Garde (général Jadov) et la Ve blindée de la Garde (général Rotmistrov), appuyées par la 11e armée aérienne (général Krassovski), une partie de la XVIIe (général Soudets) et des unités de la force aérienne de bombardement à long rayon d'action.
Le 12 juillet, dans la plaine de Prokhorovka. se déroula la plus grande bataille de chars de la guerre. Au petit matin, dans un espace relativement restreint, au milieu de noirs nuages de poussière et de fumée, deux masses impressionnantes de blindés — au total 1 500 engins s'avancèrent l'une vers l'autre pour s'affronter. Le général Rotmistrov, en rappelant l'histoire de cette bataille, fait remarquer que c'est l'avant-garde de la Ve armée blindée de la Garde, son armée, qui enfonça les lignes allemandes à toute vitesse.
Ce fut une belle mêlée. Au milieu de cet enchevêtrement de chars, les canonniers des engins soviétiques tiraient à bout portant sur les « Tigre ». Du champ de bataille s'élevait un fracas assourdissant de moteurs qui rugissaient, de métal 'qui s'entrechoquait et de canons qui crachaient, tandis que cette scène dantesque se trouvait éclairée par les flammes qui dévoraient chars et canons automoteurs. L'affrontement se poursuivit, impitoyable, tard dans la soirée. Les Russes avaient fait preuve d'un courage extraordinaire. Une fois de plus, l'ennemi n'avait pas pu s'ouvrir la route de Koursk.
Au cours de cette seule journée, les Allemands avaient perdu plus de 350 chars, plus de 10 000 officiers et soldats, pour une progression de 30 à 40 kilomètres. Cette journée du 12 juillet marque d'ailleurs un tournant dans la guerre, car c'est ce jour-là que les fronts soviétiques de Briansk et de l'Ouest déclenchèrent leur offensive contre les troupes ennemies de la région d'Orel. Les forces allemandes connurent alors des heures critiques car elles furent contraintes de passer à la défensive au sud de Koursk et de commencer à décrocher vers leurs positions de départ. Le 16, le gros des unités de la Wehrmacht entama sa retraite, protégé par une forte arrière-garde, tandis que les troupes du front de Voronej se lançaient à leur poursuite, suivies, le 19, par celles du front de la Steppe. Au 23 juillet, les Allemands se retrouvèrent sur les positions mêmes qu'ils avaient quittées le 4. Leur troisième grande offensive à l'est se soldait par un échec.
bataille de Koursk
offenvive-koursk-1943
artillerie russe à koursk en 1943
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