La dernière offensive d'été

Maréchal Keitel : « Il nous faut attaquer, c'est une nécessité politique. »

AU cours de l'été de 1943, on put constater un changement d'orientation radical dans la stratégie employée sur le front de l'Est — le front décisif de cette guerre. Après l'offensive qui suivit la bataille de Stalingrad, l'armée Rouge avait arraché l'initiative aux Allemands et l'avait conservée. Les attaques soviétiques avaient non seulement fait évacuer aux envahisseurs germains les territoires qu'ils avaient conquis en 1942, mais encore libéré de nombreuses villes et régions. Des millions de citoyens soviétiques avaient ainsi été délivrés de l'oppression nazie et l'armée Rouge avait commencé l'expulsion massive des envahisseurs de la totalité du territoire soviétique.
Les défaites subies à Stalingrad et pendant l'offensive d'hiver des troupes soviétiques avaient posé au grand quartier général allemand le problème de la stratégie à adopter sur le front de l'Est. Prévoyant une offensive des Russes, l'Allemagne pourrait rester sur la défensive. Mais quel effet cette attitude produirait-elle sur le moral de l'Allemagne et de ses alliés? Le fait de renoncer à prendre l'initiative ne pouvait que faire se dresser devant le monde entier — et avant tout devant l'Allemagne — le spectre d'une défaite finale admise par le Reich lui-même. Ce n'était donc qu'en prenant l'offensive que l'Axe pourrait se préserver de la désintégration, que la foi en la victoire pourrait subsister en Allemagne, que les peuples des pays envahis pourraient continuer d'être tenus en esclavage sous la menace et qu'enfin la puissance et l'invincibilité des armées germaniques pourraient continuer de représenter quelque chose aux yeux du reste du monde !
Et voilà pourquoi le haut commandement allemand décida de monter une puissante offensive d'été sur le front de l'Est afin de reprendre en main l'initiative stratégique. Il comptait ainsi consolider le bloc et restaurer le prestige allemand, qui avait subi quelques accrocs. Le chef d'état-major de l'O.K.W., le maréchal Keitel, était tout à fait de cet avis, qu'il exprima du reste lors d'une des conférences tenues à la chancellerie du Reich : « Il nous faut attaquer, c'est une nécessité politique. »
Les militaires et les dirigeants politiques allemands étaient unanimes à penser qu'un succès à l'est saperait les fondements de la coalition alliée et l'amènerait sans doute à se disloquer, provoquant ainsi le mécontentement du gouvernement soviétique et de toute la population russe à l'égard des Américains et des Anglais, qui différaient sans cesse l'ouverture d'un second front en Europe. Comme l'écrit l'historien de l'Allemagne de l'Ouest, Walter Görlitz, Hitler pensait que plus tôt un nouveau coup important serait frappe en Russie, plus tôt la coalition entre l'Est et l'Ouest s'effondrerait.
keitel
soldat allemand vers Koursk en 1943
suivant