Une mer de flammes

La population épouvantée sortit dans les rues ...

alerte à Tokyo en 1944
Un vent assez fort, d'environ 40 km /h, faisait tourbillonner des papiers dans les rues étroites. De nombreux civils avaient entendu annoncer à la radio que les bombardiers ennemis paraissaient particulièrement actifs cette nuit-là, mais on ne s'en inquiétait pas outre mesure, car ils semblaient vouloir éviter la capitale et progresser vers le nord.
En réalité, les « avions éclaireurs » de la première escadre virèrent brusquement et, dans un vacarme assourdissant, piquèrent à toute allure sur Tokyo. Survolant la ville obscure, ils larguèrent une série de bombes E-46. Chacune d'elles explosa à 800 mètres du sol et projeta de tous côtés 38 réservoirs de forme cylindrique, que le vent dispersa tandis qu'ils descendaient sur les quartiers habités. Ces projectiles, longs de 60 centimètres, tombèrent parmi les maisons en bois et se mirent aussitôt à brûler d'une manière effrayante.
La population épouvantée sortit dans les rues, cependant que les avions éclaireurs disparaissaient vers le sud. Ils laissaient errière eux un énorme X de feu,. qui indiquait l'objectif aux autres B-29, lesquels ne tardèrent pas à arriver et à larguer à leur tour des bombes incendiaires.
Chaque pilote remplit individuellement sa mission, sans se soucier de respecter une formation de vol. Les avions se libérèrent donc de leur cargaison meurtrière, qui tomba dans une mer de feu, aux flammes rouges et blanches. Les premiers équipages qui survolèrent l'objectif eurent aussitôt la conviction que Tokyo allait brûler intégralement.
« On aurait dit un formidable incendie de forêt », raconta plus tard un des aviateurs. En l'espace d'une demi-heure, la fournaise devint telle qu'il ne pouvait plus être question de l'éteindre ni de l'empêcher de s'étendre. Les flammes et la fumée s'élevaient à des centaines de mètres, et l'on put constater que le désastre progressait très vite, dans toutes les directions. Le grand vent activait les foyers, si bien que les tentatives de contre-feu furent vaines, car un véritable mur de flammes semblait avancer toujours plus vers les autres quartiers de la capitale. Cependant d'autres avions continuèrent d'arriver et d'alimenter encore l'incendie, en jetant leurs bombes au magnésium, au phosphore et au napalm. Quelques balles traçantes, tirées par les canons-mitrailleuses restant hors de portée de l'incendie, décrivaient de grands arcs de cercle et entouraient les carlingues brillantes des bombardiers. Des obus d'artillerie antiaérienne explosèrent également, si bien que le ciel devint un incroyable mélange de lumières multicolores, de vacarme et de mouvement.
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