Etouffés ou grillés

Aucun refuge pour ceux qui étaient pris dans la fournaise

bombardement japon en 1944
Lorsqu'enfin Power donna l'ordre de repartir vers la base, il n'y avait plus dans les rues de Tokyo aucun refuge pour ceux qui étaient pris dans la fournaise. A mesure que la chaleur devenait plus suffocante, la population fut saisie de panique. Les gens couraient en tous sens et ne tardaient pas à tomber d'épuisement, car l'air devenait irrespirable. Beaucoup moururent étouffés ou grillés vifs, dans les abris insuffisants où ils se tenaient debout, serrés les uns contre les autres.
Dans le théâtre Meijiza, les cadavres étaient empilés sur une hauteur de deux mètres. Ceux qui tentèrent de s'échapper du brasier combattirent souvent leurs propres compatriotes avec fureur, afin de se forcer un passage. Un grand nombre crurent trouver leur salut dans des ruisseaux ou des étangs, mais après être restés dans l'eau jusqu'à la ceinture, ils ne tardèrent pas à s'écrouler parce qu'il n'y avait plus assez d'oxygène dans l'air. Partout, les gens se tenaient la gorge, mais ne trouvaient pas assez d'air pour respirer.
Les membres de la police et les pompiers ne pouvaient rien faire et furent souvent piétinés par des foules en état d'émeute. Tout le matériel des pompiers, c'est-à-dire une centaine de véhicules, fut en effet détruit par l'incendie.
bombadement du Japon en 1945
Les seules issues possibles des quartiers visés par les bombardiers étaient les ponts jetés sur la rivière Sumida. Au-delà de cette rivière, dans la pénombre de la partie sacrée de la ville, celle du palais impérial, les victimes pouvaient chercher le salut. C'est pourquoi des milliers de Japonais se ruèrent dans cette direction, tout en hurlant de terreur et se battant les uns contre les autres afin d'arriver plus vite au but.
Des hommes et des femmes furent ainsi précipités dans la rivière et s'y noyèrent. Des visages innombrables furent tuméfiés, on cassait au besoin les membres de ceux qui bloquaient le passage. C'est ainsi que les ponts de la Sumida devinrent un champ de bataille où s'affrontèrent des milliers de malheureux pris de panique. Par centaines, les cadavres gisaient sur le sol, à quelques centaines de mètres du salut.
Un garçon nommé Wakabayashi, qui s'était réfugié dans un abri du faubourg d'Arakawa, en sortit pour voir l'étendue du désastre. A ce moment précis, un B-29 largua une pluie de projectiles au magnésium, et l'un d'eux éclata tout près de l'enfant. Il eut une main gravement brûlée mais ne subit pas d'autre blessure. Il aida alors ses voisins à essayer d'éteindre les débuts d'incendie dans diverses maisons avec des « hitataki », c'est-à-dire des perches de bambou au bout desquelles étaient ficelés de gros morceaux d'étoffe imbibée d'eau.
Mais il y avait tant de projectiles tombés du ciel que Wakabayashi et ses camarades durent quitter ce secteur, renonçant à stopper le feu infernal. Ils coururent à la rivière et découvrirent là plusieurs centaines de personnes, debout dans l'eau et serrées les unes contre les autres. Elles étaient toutes mortes. Le jeune homme ne put que s'éloigner en chancelant, et il réussit à atteindre une zone qui avait échappé au désastre.
suivant