De nombreux équipages firent éclater leur colère

L'ennemi connaissait la route prise par la force principale

Le drame de la nuit ne devait pourtant pas s'arrêter là. D'autres avions tombèrent sur la campagne anglaise ou dans la Manche, soit en raison des calculs erronés de pilotes épuisés, soit parce que les appareils avaient été mis à mal et volaient en éclat dans les turbulences. Le désarroi de l'armada était tel que James Campbell, journaliste britannique devait écrire :
Dans le brouillard de l'aube, le ciel de la moitié de l'Angleterre, bourdonnait d'appels de détresse. Des tours de contrôle perdues dans la brume, s'élevaient en réponse des appels éperdus, pour diriger les bombardiers vers des champs d'atterrissage exempts de brouillard.
Quand les appareils se posèrent enfin, de nombreux équipages firent éclater leur colère, leur amertume et leurs soupçons. Le chef des Pathfinders, le lieutenant-colonel Daniels, trouvant Bennett, son officier commandant qui l'attendait à la sortie de son avion, s'exclama.
— Nom de Dieu ! Pourquoi nous as-tu fait passer par là ?
Au rapport, l'attitude des équipages resta orageuse. Le capitaine Stephen Burrows de la base de Dunholme Lodge s'en souvient :
— Il était clair pour moi que les Fritz nous attendaient, et le bruit courait qu'il y avait eu des fuites sur le raid. On en parlait maintenant ouvertement au milieu de remarques franchement hostiles.
Et le sergent-chef Ronald Gardner, de la 103e escadrille de Pathfinders de préciser :
— Tous ceux à qui j'ai parlé après le raid, étaient sûrs qu'il y avait eu des fuites.
L'officier pilote Merril, de la 463e escadrille, devait d'ailleurs résumer en ces termes l'opinion générale :
— L'activité de la chasse aérienne, entre le moment où nous avons quitté la position B (Charleroi) et la cible elle-même, était telle qu'on est bien obligé de croire que l'ennemi connaissait la route prise par la force principale. »
Vint la récapitulation des faits. Le raid était pour le Bomber Command une catastrophe, dont le bilan exact semble devoir .. rester inconnu. Une analyse officielle avoua 95 bombardiers perdus, 10 autres écrasés sur le sol anglais, 1 irrécupérable, 70 appareils enfin suffisamment endommagés pour rester hors d'usage entre six heures et six mois. D'autre part, un Halifax qui emmenait des agents S.O.E. en Belgique cette nuit-là avait été abattu, ainsi qu'un Mosquito participant à des attaques d'aérodromes dans le cadre du raid. Les pertes de la nuit entière s'élevaient donc à 108 avions détruits, 745 hommes d'équipage avaient été tués ou blessés, 159, dont certains étaient également blessés, avaient été faits prisonniers.
Mais ce n'est peut-être pas tout. Des documents confidentiels non destinés au public ayant parlé, dit-on, de 53 bombardiers tombés en Angleterre, soit en tout 170 appareils, une autre source semi-officielle allant jusqu'à parler de 66 avions écrasés, soit un total de 178 appareils perdus.
Quel que fût le véritable chiffre, la R.A.F. avait subi ses pertes les plus lourdes depuis le début de la guerre, et le nombre de ses morts dépassait celui de la Bataille d'Angleterre. Les Allemands n'avaient perdu que 5 avions, 5 autres étaient sérieusement endommagés et 3 moins gravement. Les morts allemands, civils et militaires, s'élevaient
à 129.
equipage d'un bombardier allié
équipage d'un bombardier en 1944
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