La parfaite embuscade aérienne

On pouvait se diriger à la lueur des épaves au sol !

Le clair de lune devait parachever la tragédie.
— On voyait très clairement les bombardiers, raconte le sergent-chef Robert Truman de la 625e escadrille, le ciel était plein de traînées. Je me rappelle avoir pensé que si elles étaient aussi claires pour nous, elles devaient l'être autant pour les chasseurs allemands, et s'ils étaient dans les parages, qu'ils n'allaient pas tarder à nous assaillir.
Les chasseurs de nuit étaient en effet tous là au moment où la formation atteignit le premier de ses buts : Ida (Aix-la-Chapelle), Stumpff avait concentré entre deux cents et deux cent cinquante appareils dans le secteur, et il avait synchronisé l'heure d'arrivée de la force principale et le temps de vol des chasseurs avec une précision remarquable. Ils étaient en force et « tout frais », car chacun d'eux avait fait le plein de carburant, ce qui allait leur permettre de s'attarder au milieu de la formation, et de tomber sur les bombardiers comme des faucons sur un troupeau d'oies affolées.
Le ciel nocturne resplendissait d'une beauté funeste quand les chasseurs commencèrent à lâcher leurs fusées, à peine nécessaires par ce brillant clair de lune, et à ouvrir le feu avec des balles traçantes. Le lieutenant George Foley, opérateur radar appartenant aux Pathfinders n'a pas oublié cet instant :
— J'ai su que les choses allaient très mal quand j'ai entendu le capitaine crier dans l'interphone : « Vous feriez mieux de mettre vos parachutes, les gars, je viens juste de voir descendre le 42e. »
A Kingsdown, poste de renseignement radio de la R.A.F. les opérations mesuraient l'ampleur du désastre : les longueurs d'onde de la radio en clair des chasseurs allemands retentissaient sans cesse du cri nazi « SiegHeil » suivi de l'indicatif de l'avion émetteur qui annonçait une victoire. Lorsque la force principale eut atteint le bout du « long ruban » à Fulda, un collier de cinquante-neuf bombardiers écrasés en flammes illuminait le paysage au sol.
— On pouvait se diriger à la lueur des épaves au sol », rappelle le lieutenant L. Young.
-- C'était la parfaite embuscade aérienne, se souvient également le sergent-chef Ronald Holder, de la 460e escadrille, qui avait participé à quatre-vingt-six missions au-dessus de l'Allemagne. Le contrôle au sol avait deviné notre destination et il ne se trompait pas... Il y avait des chasseurs ennemis partout. Nous étions pris au piège, sans la couverture des nuages pour nous protéger... Avant cette opération du diable, nous avions bombardé beaucoup de grandes villes allemandes... mais c'était la première fois que nous avions à faire face à la fureur de l'ensemble de la chasse ennemie... et c'était terrifiant
chasseur de nuit en action en 1943
raid sur Nuremberg
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