Des défenses impressionnantes

Six bases de chasseurs de nuit étaient à portée d'intervention

La R.A.F. connaissait bien Hambourg. En cette fin de juillet 1943, quatre-vingt-dix-huit fois déjà elle l'avait attaqué. Ses défenses étaient impressionnantes ; il était entouré par 54 batteries lourdes de D.C.A. et 22 batteries de projecteurs ; six bases de chasseurs de nuit étaient à portée d'intervention. Les attaques précédentes avaient, pour ces raisons, coûté très cher à la R.A.F. La D.C.A. était puissante ; elle touchait et endommageait les bombardiers, parfois les abattait ; elle obligeait les pilotes à de brusques changements de direction qui diminuaient la précision du bombardement ; mais l'ennemi le plus sournois, le plus meurtrier, c'était le chasseur de nuit. La tactique qu'il utilisait avait été imaginée par le général Kammhuber, commandant la chasse de nuit, puis appliquée et perfectionnée au cours de cent combats ; son nom conventionnel était Himmelbett (ciel de lit) ; elle était basée sur l'emploi du radar.
Une chaîne de stations au sol, richement dotées en radars de divers types, efficaces dans un rayon de 50 kilomètres mais rapprochées l'une de l'autre de 30 kilomètres constituait une barrière invisible, absolument continue. Elle s'étendait à travers toute l'Europe occupée ; elle présentait la forme générale d'une faucille renversée dont le manche aurait été la presqu'île du Jutland, la lame s'incurvant par l'Allemagne du Nord, la Hollande, la Belgique, la France de l'Est pour rejoindre la frontière suisse. Chaque station était équipée d'un radar Freya et de deux Würzburg. A l'approche des bombardiers, les chasseurs prenaient l'air. Chacun d'eux venait décrire des cercles autour d'une balise radio désignée, à proximité d'une station de radars ; là, il était suivi par l'un des deux Würzburg à faible portée et à faisceau étroit. Pendant ce temps, le radar Freya à grande portée et à large ouverture de faisceau, qui avait déjà accroché la formation, pointait le second Würzburg sur un des bombardiers. Grâce aux informations des deux Würzburg, la station de contrôle au sol guidait par radio un chasseur jusqu'à l'arrière de sa proie. Assis à l'arrière du cockpit, l'opérateur de radar léger de bord Liechtenstein observait son écran ; dès qu'il obtenait un écho du bombardier, il annonçait par radio « Pauke » (battez la timbale), qui était l'équivalent du « Taïaut » de la R.A.F. Cela signifiait que l'objectif était en vue ; que le chasseur prenait l'affaire à son compte et que le feu allait être ouvert.
L'opérateur radar guidait alors son pilote jusqu'au moment où celui-ci apercevait les flammes de l'échappement des moteurs du bombardier. Le chasseur, autant que possible sans être lui-même aperçu, s'approchait à distance de tir de sa victime. La mission du chasseur de nuit, comme celle du sniper (tireur d'élite) à l'affût dans l'infanterie, s'apparentait plus au meurtre de sang-froid de l'escarpe qu'au combat des chevaliers. S'il leur était possible d'approcher par-dessous et par l'arrière, les chasseurs allemands effectuaient une montée rapide tout en ouvrant le feu de tous leurs canons, qui arrosaient l'avion, de la tête à la queue, d'un chapelet de projectiles. La plupart du temps, l'équipage ne se rendait compte de ce qui lui arrivait que lorsque l'avion, secoué par les explosions, se cabrait et se brisait, en flammes le plus souvent. Les chasseurs allemands défendaient leur sol et la vie de ceux qui leur étaient chers ; ils le faisaient avec une détermination qui avait été celle de la R.A.F. pendant la bataille d'Angleterre. Dans de tels combats, on ne fait pas de quartier.
DCA en allemeagne en 1944
radar contre les avions en 1944
chasseurs de nuit allemands
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