quatre-vingt-douze millions de bandelettes

L'armada britannique paraissait forte de 11 000 bombardiers !

Si l'on voulait poursuivre l'offensive aérienne contre l'Allemagne, il était absolument nécessaire et urgent de trouver une parade à l'efficacité meurtrière du système Himmelbett.
Techniquement parlant, la solution fut d'une incroyable simplicité : on utilisa de petites bandes de papier d'aluminium. Conventionnellement appelées windows (fenêtres), ces bandes mesuraient 30 cm de long sur 1,5 cm de large et étaient assemblées en bottes de 2 000 maintenues par un bracelet de caoutchouc. Larguée d'un avion, cette botte se déliait et formait un nuage de bandelettes qui donnait sur l'écran du radar un écho analogue à celui d'un avion. En lâchant un de ces paquets toutes les minutes, de chaque avion de la formation, il était possible de saturer la zone surveillée par des échos si nombreux que tout repérage devenait impossible
En 1942, les savants anglais avaient conduit dans le plus grand secret l'étude de ces windows. De leur côté, les savants allemands étaient parvenus à un résultat analogue. Les responsables des deux pays étaient arrivés à la même conclusion : cette contre-mesure pouvait devenir très dangereuse pour l'utilisateur. En effet, l'équilibre de puissance des deux aviations était encore, à cette époque, à peu près maintenu ; révéler le système à l'adversaire, c'était risquer de se voir interdire tout moyen de défense basé sur l'emploi du radar.
Mais, au cours de l'été de 1943, la situation avait beaucoup changé. La capacité de bombardement de la Luftwaffe, écartelée entre les divers fronts, diminuait constamment, alors que celle de la R.A.F. progressait à un rythme inimaginable. Dévoiler les windows ne présentait plus aucun danger pour la Grande-Bretagne.
Le 15 juillet 1943, le cabinet de guerre, réuni sous la présidence de Winston Churchill, donna enfin l'autorisation d'employer la contre-mesure. Le matin du 25 juillet, à 0 h 25, tandis que les avions de tête du flot de bombardiers dépassaient l'île fortifiée de Héligoland, les premiers paquets de windows furent largués. La station radar Hummer (homard) d'Héligoland, la première, signala que quelque chose était anormal ; à 0 h 40, les bombardiers apparurent sur les écrans de radar accompagnés par les windows. Comme les nuages de windows mettaient quinze minutes à se disperser, l'armada britannique paraissait forte de 11 000 bombardiers ! Les Allemands n'en croyaient pas leurs yeux. La station Hummer signalait que ses écrans étaient brouillés par des échos paraissant provenir d'avions très lents sinon immobiles. La prise en charge sur l'écran d'un vrai bombardier devenait très difficile ; quand on en isolait un, il était possible, alors, de le suivre, mais avec une extrême difficulté.
La station Auster (huître), à la pointe sud de l'île de Sylt, rendit compte des mêmes difficultés et, de proche en proche, toutes les stations autour de Hambourg eurent la même réaction.
Pendant ce temps, les chasseurs de nuit s'impatientaient à tourner en rond autour de leur balise et harcelaient de questions les contrôleurs au sol.
Mais, au sol, c'était la pagaille.
Bientôt, le ciel fut encombré, embouteillé, de cris, d'appels, d'exclamations !...
Quand la première vague — 110a Lancaster » des 1" et 5° groupes — arriva au-dessus de Hambourg, à 1 h 30, les équipages crurent rêver. Les projecteurs, habituellement si précis, semblaient agir au hasard. Quand deux faisceaux se croisaient, tous les autres convergeaient sur le même point, et trente, quarante d'entre eux construisaient sur le néant comme un énorme cône lumineux.
Les radars qui les guidaient étaient devenus inefficaces, ainsi que ceux qui dirigeaient les tirs de la D.C.A. Les artilleurs lâchaient leurs coups au hasard, l'un après l'autre. La mission des pathfinders (orienteurs) de la R.A.F., débarrassés des chasseurs, des projecteurs, de la D.C.A., était grandement facilitée sur un Hambourg pratiquement sans défense.
operateurs radio allemands pendant la deuxième guerre mondiale
station d"écoute en Allemagne en 1944
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