Les renforts arrivent

Beaucoup trouvèrent une mort rapide ...

Ils tombaient sans arrêt
le colonel Shoup faisait route vers la Plage Rouge n° 2 avec son état-major. Quand un obus toucha son amtrac, il réussit à atteindre les piles de la longue jetée où, debout dans l'eau, il installa un poste de commandement précaire et surveilla l'arrivée des bataillons de réserve.
Il ne restait plus qu'une poignée d'amtracs pour les transporter du récif à la côte. En réalité, on ne voyait plus aucun amtrac quand le 3e bataillon du 8e de Marines, du commandant Robert Ruud, atteignit le récif en face de la Plage Rouge n° 3 dans ses bateaux Higgins. Tandis que les passerelles des bateaux s'abaissaient, les Màrines présents sur la plage entendirent le bruit d'une poutrelle d'acier sur le béton et l'un des bateaux s'évanouit.
Un témoin déclara: «Il était là, et soudain il avait disparu. A sa place, pendant une fraction de seconde, il y eut une tache floue dans l'air, puis plus rien.» Un autre craquement suivit, et un deuxième bateau disparut. Les Japonais tiraient de plein fouet. Au delà du récif, le timonier d'un troisième bateau fut pris de panique. «Je n'irai pas plus loin», hurla-t-il, et il laissa tomber la rampe de débarquement — tous les hommes lourdement chargés qui se trouvaient dans le bateau se noyèrent dans 5 mètres d'eau.
Le reste du bataillon de Ruud se mit à patauger dans l'eau. Peu survécurent pour raconter leur expérience, mais il y eut de nombreux témoins. Un marin du Dashiell, au milieu du lagon, qui observait avec ses jumelles, s'en apercevait lui aussi. Il raconte: «C'était comme un film de guerre. Ces pauvres types avançaient lourdement avec de l'eau jusqu'à la poitrine en se faisant tirer dessus. J'essayais de ne pas regarder, mais je ne pouvais détourner les yeux. L'horreur du spectacle m'hypnotisait. Je m'en souviendrai toute ma vie, même si je vis jusqu'à cent ans.»
Au-dessus d'eux, dans l'avion de reconnaissance du cuirassé Maryland, le capitaine de corvette Robert MacPher son observait lui aussi. Il nota dans son livre de bord: «Il semblait que l'eau ne serait jamais débarrassée de ces petits bonshommes, leur fusil au-dessus de la tête, qui se dirigeaient lentement vers la plage en pataugeant... Ils tombaient sans arrêt... seuls, en groupes ou en rangs.» Certains réussirent à se glisser sous la jetée, où ils trouvèrent une sécurité relative. D'autres continuèrent jusqu'à la côte dans une eau teintée en rose, fouettée par les balles. Beaucoup trouvèrent une mort rapide. D'autres moururent lentement, alors que blessés, perdant leur sang, accablés par leur paquetage, ils cherchaient à se maintenir la tête hors de l'eau. Certains mirent les pieds dans des trous et se noyèrent. D'autres succombèrent en essayant de sauver un camarade blessé. La tête et les membres des cadavres fraîchement tués oscillaient doucement sur les vagues; les morts du premier assaut flottaient, raides comme du bois. Sur les combattants de la première vague de Ruud, 30 p.cent seulement atteignirent Betio sans blessures. La seconde et la troisième vagues ne s'en tirèrent guère mieux. Le bataillon, en tant qu'unité de combat, n'existait plus; les survivants furent envoyés dans les lignes de Crowe, sur la Plage Rouge n° 3.
Les bunker de l'amiral
Sur la tête de pont du commandant Crowe, près de la jetée, quatre autres chars avaient réussi à aborder. En s'emparant des bunkers japonais un par un, ils aidèrent le bataillon de Crowe à avancer mètre par mètre vers l'intérieur jusqu'au bord de l'aérodrome. Mais, au bout de quelques heures, un seul des chars était encore en état de marche, le Colorado du lieutenant Louis Largey, qui allait devenir légendaire. Le Colorado fut touché par un canon japonais antichar, aspergé de grenades et de cocktails Molotov, et soufflé par une mine en cours de route. Bien que noircis par le feu et cabossés, l'équipage meurtri et épuisé, la machine et les hommes ne cessèrent de démolir les fortins japonais. Mais l'énorme Q.G. en béton de l'amiral Shibasaki et ses bunkers renforcés d'acier résistaient au feu des chars. Les avions embarqués et les canons des navires les arrosèrent presque toute la journée, sans grand résultat. Le commandant Crowe envoya une équipe de démolition pour tenter de faire sauter le blockhaus, et une section pour l'encercler, mais la première fut repoussée et l'autre presque entièrement anéantie.
Shibasaki avait des chars, lui aussi, et l'un d'eux arriva en ronflant jusqu'auprès des hommes de Crowe. Deux canons antichars de 37 mm américains avaient été tirés sur la plage après le naufrage du navire qui les avait apportés, mais on ne savait comment les amener au-delà du remblai en position de tir. Les hommes s'écrièrent: «On va les porter.» Les Marines qui se trouvaient là s'en emparèrent, et les pièces de 450 kilos furent hissées au-dessus du remblai. Elles ouvrirent le feu et le char japonais se retira.
debarquement à Tarawa
chars en 1943 à Tarawa
Marines à Tarawa en 1943
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