Une avalanche de fer et de feu

Les marines ne pouvaient ni avancer ni reculer

Le moral était bon
Le lagon de Tarawa mesure environ 25 km de long et 15 de large, et possède une passe à 5 km environ au nord de Betio. Une mer agitée ainsi qu'un courant imprévu à l'entrée du lagon rendaient l'abordage difficile. Un grand nombre de soldats déjà trempés souffraient du mal de mer, mais en observant le résultat du tir naval et aérien ils gardaient confiance.
Debout sur le plat-bord d'un bateau Higgins, le correspondant de guerre Sherrod se livra à une rapide évaluation: «J'essayai de compter les salves — je dis bien salves, et non pas obus — que les cuirassés, les croiseurs et les destroyers déversaient sur l'île.
Un Marine muni d'une montre étanche, me proposa de compter les secondes jusqu'à concurrence d'une minute. Bien avant que la minute soit écoulée, le nombre dépassait la centaine. Puis, une douzaine d'autres navires ouvrirent le feu, et je renonçai à mon projet... L'île était en flammes sur toute sa longueur... Le moral était bon.» Observant les incendies qui faisaient rage, un Marine me déclara: «On se demande pourquoi cette île damnée ne tombe pas en morceaux, et ne finit pas par couler sous un tel tir.»
Rien ne semblait avoir été détruit
Un peu avant 9 heures, les premiers chars amphibies arrivèrent sur la barrière de récifs et il fallut bien reconnaître que les craintes du général Julian Smith étaient parfaitement et malheureusement justifiées, car il y avait très peu d'eau au-dessus des récifs, pas assez pour les chalands, même les plus légers. Les chars amphibies heurtèrent les concrétions coralliennes et commencèrent à les gravir avant de replonger de l'autre côté ; mais, à cet instant, se produisit le premier acte du drame.
Contre toute attente, les Japonais choisirent ce moment précis pour ouvrir le feu de toutes leurs pièces disponibles. La mer ressembla subitement à un volcan sous-marin en éruption et de nombreux amtracks sautèrent, coulèrent ou, sévèrement touchés, s'immobilisèrent.
Les soldats, qui ne furent pas tués à ce moment, sortirent précipitamment de leurs engins et gagnèrent les plages en ayant de l'eau jusqu'à la poitrine.
Sur Betio, rien ne semblait avoir été détruit, car le feu nourri que les Japonais déclenchaient alors était extraordinairement dense. Les marines avançaient péniblement, puis, trop souvent, un léger sursaut précédait leur disparition sous l'eau rougie de sang.
Au large, de nombreux amtracks, leurs chenilles démantelées, étaient culbutés sur les récifs ; d'autres brûlaient furieusement. Par endroits, l'eau du lagon charriait de larges taches rouges révélatrices de la précision et de l'intensité du tir japonais. Les petites vagues laissaient apparaître des corps déjà inertes et ceux des soldats blessés qui se noyaient. La vision était horrible.
De nombreux amtracks, ayant réussi à franchir les récifs, furent touchés avant même d'atteindre le rivage. Plusieurs (l'entre eux reçurent des grenades et des obus de mortier et arrivèrent à la côte avec tout leur équipage mort.
Pendant de longues minutes, les hommes qui étaient parvenus à aborder se blottirent derrière la barrière de troncs de cocotiers afin de souffler un peu et de se réorganiser, mais ils demeuraient toujours sous le feu (les armes automatiques nippones qui firent, là encore, de nombreuses victimes. Les marines ne pouvaient ni avancer ni reculer. Franchir le rempart de bois, c'était se suicider, et revenir en arrière, vers l'eau, c'était s'exposer aux tirs croisés des blockhaus japonais.
bataille de Tarawa
Marines à tarawa en 1943
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