Une absence totale de renseignements

Les exercices d'entraînement furent « un fiasco, un désastre complet »

Rapports alarmants
Au milieu du mois de juin, Martin Clemens, chef garde-côte australien à Guadalcanal, eut à signaler, depuis sa cachette dans la jungle, un événement plus sérieux que le massacre du bétail errant : l'ennemi construisait un aérodrome sur la côte nord de l'île, entre Tenaru et Kukum, sur l'emplacement d'un champ de noix de coco dans la plantation de Lunga — pratiquement le seul terrain utilisable de tout l'archipel.
Au cours des semaines qui suivirent, la cadence du travail augmenta de façon notable ; les Japonais abattaient les cocotiers par centaines et protégeaient l'endroit par des tranchées et des nids de mitrailleuses ; leurs effectifs à Guadalcanal s'élevaient, d'après des estimations relativement précises, à 3 000 hommes au moins. Les rapports, quasi quotidiens, de Clemens devenant de plus en plus alarmants, Washington, inquiet, décida qu'il fallait intervenir dans le plus bref délai, car l'implantation d'un aéroport à cet endroit signifiait le contrôle de toute cette région.
Des milliers de nouvelles recrues
Sur le papier, le plan d'attaque semblait irréprochable : la 1re division de marine U.S., renforcée par des unités navales mobiles et des unités de parachutistes, devait débarquer, le 1er août, dans la zone Tulagi-Guadalcanal et y installer un « point d'appui solide ».
La réalité se révéla moins facile. Bien que, théoriquement, la division fût une force d'élite composée de marines aguerris, il y avait dans ses rangs des milliers de nouvelles recrues dont l'expérience ne dépassait pas le stade de la préparation militaire élémentaire et du maniement d'armes. Elle n'avait pris part à aucun exercice d'envergure et nombre de ses unités ne possédaient aucune expérience des opérations amphibies.
Lorsqu'elle quitta, en mai 1942, sa base en Caroline du Nord à destination du Pacifique, son commandant, le général Vandegrift, reçut l'assurance que sa division et lui auraient tout loisir de s'entraîner et de se familiariser avec le Pacifique car ils ne seraient pas engagés avant le courant de l'année 1943. En fait, le jour J n'était plus éloigné que de cinq semaines.
Un fiasco, un désastre complet
Le pire, c'est que toute l'entreprise reposait sur ce qui était, en fin de compte, une absence totale de renseignements. Les informations les plus élémentaires sur l'état du terrain, les conditions météorologiques et la mer manquaient. Les cartes géographiques et marines utilisables étaient anciennes et peu précises; on découvrit plus tard que leur marge d'erreur était parfois de cinq à six kilomètres pour des points essentiels. Les tableaux des marées indiquaient des différences de hauteur de deux ou trois mètres, différences impossibles à prévoir en raison de leur irrégularité ; d'autre part, l'absence de cartes des récifs et autres hauts-fonds à fleur d'eau empêchait de savoir jusqu'à quelle distance du rivage un navire pouvait s'aventurer sans risquer de toucher.
C'est donc tout à fait conscients de ces insuffisances que les amiraux et les généraux se réunirent le 26 juillet avec leurs forces dans la « zone de manoeuvres » au large de Koro, dans les îles Fidji. Les répétitions des quatre jours suivants, destinées à perfectionner les plans de soutien d'artillerie et d'aviation, à résoudre un certain nombre de difficultés concernant les communications air-sol et mer-terre, à diriger les bombardements aériens et les tirs d'artillerie de marine contrôlés du sol et à procéder à des exercices de débarquement, ne firent que confirmer leurs pressentiments les plus pessimistes. Les exercices d'entraînement furent, selon un observateur, « un fiasco, un désastre complet ».
guadalcanal 1942
marines à guadalcanal en 1942
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