Le débarquement à Guadalcanal

Les hommes se retrouvaient entassés les uns sur les autres

Lorsque parvint l'ordre de débarquer, les Marines se mirent à descendre le long des échelles de corde dans les chalands. Ils passaient par-dessus bord comme des fourmis, en posant les pieds sur les mains des hommes situés au-dessous et en se faisant écraser les doigts par ceux qui étaient au-dessus. Les fusils heurtaient les casques. Les hommes qui portaient les mitrailleuses lourdes ou les pièces de mortiers grinçaient des dents et souffraient le martyre en descendant dans les chalands avec les quinze ou vingt kilos d'acier qui labouraient leurs épaules.
En outre les chaloupes dansaient sur les vagues tantôt contre le flanc des navires, tantôt à un mètre ou plus. Les hommes sautaient, et se retrouvaient entassés les uns sur les autres, accroupis sous le plat-bord, tandis que les embarcations bondées se dirigeaient vers les zones de rassemblement en décrivant des cercles pour attendre le moment de filer droit vers les plages ennemies dans un sillage d'écume.»
Une machine à fabriquer la glace
A Guadalcanal les Marines essayaient de s'adapter à un milieu qui leur paraissait étrange et inquiétant. La nuit, les oiseaux de la jungle poussaient leurs cris aigus dans les arbres, et d'énormes crabes de terre faisaient grincer leurs pinces sous le sable en produisant un bruit qui aux dires d'un Marine, ressemblait au bruit d'une scie à métaux, ou au craquement de coquilles de noix. Chaque fois qu'ils entendaient un son étrange, les hommes qui montaient la garde nerveusement ouvraient le feu; et à chaque fois qu'un Marine appuyait sur la détente, un autre plus loin tirait lui aussi dans la nuit. Mais les Japonais étaient loin, embusqués, et ils se demandaient sur quoi les Américains pouvaient bien tirer.
Le lendemain matin les Marines se déplacèrent vers l'ouest au milieu des plantations de cocotiers, et après quelques brèves escarmouches, s'emparèrent de l'aérodrome et des installations que les Japonais avaient laborieusement édifiées à Lunga Point. La piste longue de 800 mètres était presque achevée; les revêtements, les hangars d'entretien et les alvéoles de protection étaient déjà terminés, et les Japonais se proposaient d'y amener leurs premiers avions dans les jours suivants. Les pistes et les ateliers, qui n'avaient guère souffert des bombardements précédant le débarquement, se trouvaient utilisables sans délai. Plus de cent camions et neuf rouleaux compresseurs étaient restés là où les Japonais les avaient laissés. Ils avaient aussi abandonné des quantités d'essence, d'huile, de kérosène, de ciment, de nombreux types de machines et, pour la plus grande satisfaction du médecin de la division, des instruments chirurgicaux qui, d'après lui, étaient supérieurs aux siens.
D'autres articles semblaient propres à alléger les rigueurs de l'opération Ceinture: des centaines de boîtes de conserves de viande, de poisson et de fruits, des tonnes de riz et, particulièrement appréciée sous ces climats chauds et humides, une machine à fabriquer de la glace.
Le départ de la flotte de soutien
La position dans laquelle se trouvait le général Vandegrift après le départ de la flotte de soutien n'était pas des plus enviables. Il tenait, avec sa division de marines, une enclave consistant en un terrain d'atterrissage partiellement aménagé entouré d'un peu de terrain nu, sur une île recouverte d'une jungle épaisse et inhospitalière où se cachait le reste des forces d'occupation et des unités d'infanterie du génie ennemies. Les eaux de Guadalcanal étaient contrôlées par la marine japonaise.
Au reste, dans les jours qui suivirent, les navires de guerre nippons prirent l'habitude de patrouiller devant cette enclave, hors de portée des canons américains. En outre, les attaques des bombardiers japonais sur l'aérodrome et sur la zone voisine occupée par les Américains ne laissèrent pas à Vandegrift et à ses hommes loisir d'oublier qui contrôlait le ciel de Guadalcanal.
Enfin, le général savait que tôt ou tard les Nippons tenteraient d'anéantir sa division.Il se préoccupa donc surtout d'organiser la défense contre une attaque venue tant de la mer que de l'intérieur et d'achever l'aménagement de l'aérodrome pour que l'aviation américaine pût l'utiliser et lui assurer ainsi une couverture aérienne. Pour réaliser ces deux missions, il rencontra d'immenses difficultés, en raison du manque d'équipement de base, la majeure partie de celui-ci étant restée dans les cales des navires. Heureusement, le matériel laissé derrière eux par les Japonais compensait ces déficiences et, en quelques jours, le terrain d'aviation se trouva prêt, avec deux pistes secondaires en chantier. Le 20 août, les premiers avions américains atterrirent. Quelques heures plus tard, et avant même que l'aviation eût eu le temps de réagir, les Japonais attaquaient de l'est
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