La bataille de la crête sanglante

Les Marines américains seront morts demain...

Kawaguchi en personne
Les destroyers de Tanaka débarquèrent Kawaguchi en personne et six mille hommes en six voyages nocturnes, en passant par le détroit principal qui divise les Salomon du nord de celles du sud. Les Marines avaient baptisé ce détroit «la rainure » et les sorties nocturnes de Tanaka « l'express de Tokyo». Quant aux Japonais, ils les nommaient tristement la «course des rats».
Chose incroyable, Kawaguchi renouvela l'erreur d'Ichiki. Il se crut en mesure de s'emparer de Lunga Point avec les forces dont il disposait, alors que ses supérieurs lui avaient prudemment recommandé de reconnaître d'abord la situation pour voir s'il lui faudrait davantage d'effectifs. Il avait l'intention de recevoir personnellement la reddition de Vandegrift et avait même décidé du lieu exact où elle interviendrait.
La principale force de Kawaguchi avait débarqué à l'est de Henderson, près de la première base d'Ichiki dans la région de Taivu Point, et le général avait l'intention de lui faire traverser la jungle pour attaquer depuis l'intérieur. En même temps, un autre détachement japonais devait attaquer de l'est en traversant la crique où s'étaient battus les hommes d'Ichiki, tandis qu'un troisième groupe, qui avait débarqué près du village de Kokumbona, à l'ouest de l'emplacement qu'occupaient les Marines, arriverait de ce côté. Les croiseurs et les bombardiers japonais se tenaient prêts à appuyer"l'attaque. Après la prise de Henderson, d'autres unités aériennes de Rabaul devaient atterrir sur l'aérodrome et s'en emparer. La date avait été fixée au 13 septembre.
La bataille de la Crête sanglante
La bataille de Bloody Ridge (la Crête sanglante) commença ce soir-là à 21 heures, par un imposant tir d'obus lancés par les cuirassés japonais au large de la côte, suivi d'une fusillade et d'un feu nourri de mortiers. Les soldats japonais sortirent de la brousse au bas des pentes pour aller reconnaître les positions des Marines.
Le lendemain, Edson recula vers les hauteurs, laissant un no man's land couvert d'herbe entre ses lignes et celles des Japonais. Cette nuit-là les bataillons de Kawaguchi suivirent à marches forcées la rive orientale de la Lunga, remontèrent sur la crête et dispersèrent une compagnie entière de Marines en petites fractions tout en chantant «les Marines américains seront morts demain». Ils traversèrent la zone d'herbe, reculèrent sous le feu de l'artillerie, puis s'étant regroupés, ils revinrent. Edson empoigna son téléphone de campagne pour ordonner au capitaine de la compagnie de retirer le plus grand nombre possible de ses hommes.
A l'autre bout une voix cérémonieuse au débit saccadé répondit: «Notre situation est excellente, mon colonel, je vous remercie.» Edson savait qu'aucun de ses officiers ne parlait ainsi et que par conséquent l'ennemi s'était rendu maître de la ligne téléphonique. Il trouva un caporal doté de bons poumons, et lui ordonna de hurler en direction de la compagnie: «Red Mike vous autorise à reculer.» L'utilisation du surnom d'Edson authentifia le message et la compagnie regagna la crête.
Les Japonais repoussèrent les hommes d'Edson jusqu'à un kilomètre du terrain d'aviation. Mais des compagnies de réserve des Marines vinrent étoffer les lignes d'Edson et l'artillerie de la division se mit à tirer du haut de la crête. A l'aube, Kawaguchi ne pouvait plus poursuivre son attaque faute d'effectifs; et au lever du jour les soldats japonais qui se trouvaient encore en haut de la crête furent mitraillés par les chasseurs P-39 de l'armée américaine venus de Henderson Field. Kawaguchi ordonna alors à ses hommes de battre en retraite.
Un homme primitif

Pour six cents soldats de Kawaguchi, l'épreuve était terminée. Mais pour les autres, blessés ou non, le pire était encore à venir. Ils s'étaient attendus à trouver les rations des Marines à Henderson Field le 14 septembre. Or il leur fallait traverser les montagnes jusqu'aux zones restées aux mains des Japonais à l'ouest, et ils n'avaient plus rien à manger. Ils grignotèrent l'écorce des arbres, mâchonnèrent le cuir des courroies des fusils, déterrèrent des racines et survécurent de leur mieux.
Ce faisant ils passaient devant les cadavres de leurs camarades. Les sous-officiers étaient obligés de frapper les jeunes soldats pour les faire avancer. Un combattant japonais qui parvint néanmoins à tenir son journal personnel rapporte: «Nous n'avons plus que la peau et les os, nous sommes pâles et sauvages, je suis vraiment redevenu un homme primitif.»
japonais à Guadalcanal
marine à gaudalcanal
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