La bataille de la Somme

Les Français se battront à un contre trois

Plus de 100 chars au kilomètre
Dans le secteur de Péronne, . le Panzerkorps de Hoeppner et une division d'infanterie motorisée S.S., a été massé sur un étroit espace : à peine 6 kilomètres de front. Comme les deux divisions blindées totalisent 640 chars, cela fait plus de 100 chars par kilomètre : c'est la densité préconisée par Guderian pour l'attaque d'une forte position. Les chars allemands avancent en formations massives, suivis par l'infanterie. Mais la résistance française s'avère supérieure aux prévisions ennemies. A midi, après huit heures de combat, l'infanterie allemande n'a pu pénétrer profondément dans les lignes françaises.
Le capitaine von Jungenfeld a montré en quelques lignes la puissance de feu de la défense française : Nos chars sont accueillis par un feu vraiment infernal. En un clin d'œil, les premiers d'entre eux, pris sous des feux de flanc, sont en flammes. La situation n'a rien de réjouissant... Maintenant, ce serait à notre artillerie de s'entretenir avec les Français ; leur défense est vraiment très forte et nous avons trop peu de munitions pour les canons de nos chars... » Mais l'incursion des chars ennemis à l'intérieur de nos lignes affaiblit considérablement la défense française : c'est ainsi qu'elle gêne ou empêche les liaisons, qu'elle s'oppose au ravitaillement en munitions, qu'elle réduit l'action de l'artillerie, etc.
Durant la journée du 6 juin, l'aviation française, bien que peu nombreuse, secondera brillamment notre infanterie, qui s'accroche au terrain, se fait tuer sur place. A Harbonnières, à Proyart, sur le canal Crozat, sur l'Oise, les régiments de la 23' D.I. et de la 3e division légère inventent le hérisson que les Allemands réinventeront après eux en Russie. Même encerclé, tout le monde tient jusqu'à l'épuisement complet des munitions. Et si le général Frère, au quatrième jour de la bataille doit envisager un repli sur sa seconde position de résistance alignée sur le cours de l'Avre, du moins son front n'est-il encore percé nulle part.
« On a, dans la soirée du 8, capté ce radiogramme ennemi : « Pertes énormes. N'ai pu déboucher. » Et d'ailleurs, renonçant à chercher dans ce secteur une exploitation rapide, le haut commandement allemand vient de prendre la décision d'en retirer les quatre divisions blindées qui y opéraient pour les engager le 9 juin sur le front de l'Aisne à côté des quatre Panzer du groupe Guderian, sous les ordres de von Kleist, »

Tous les coups ricochaient
Du haut d'un observatoire, Guderian ne dissimule pas son impatience de découpler ses blindés. Enfin, à la fin de l'après-midi, l'infanterie allemande réussit à établir une petite tête de pont de part et d'autre de Château-Porcien.  C'est suffisant pour lancer, le 10 à l'aube, la 1ere Panzer, suivie de la 2e. Guderian surveille lui-même la manoeuvre. Les progrès sont rapides. Les chars ne trouvèrent en rase campagne qu'une très faible résistance, car la nouvelle tactique française se concentrait sur la défense des localités et des boqueteaux : la crainte des blindés laissait libres les champs. C'est pourquoi notre infanterie se heurta dans les villages à une résistance coriacefond-somme. Elle dut livrer des combats de maisons et de barricades, tandis que nos chars, à peine importunés par des tirs peu efficaces exécutés sur nos arrières par l'artillerie lourde française, poussèrent irrésistiblement leur percée jusqu'à la Retourne.
C'est seulement dans l'après-midi que le groupement Buisson réussit enfin à lancer une contre-attaque prévue depuis le matin. Ce retard, dû aux exigences de la sacro-sainte préparation d'artillerie, fait manquer l'effet de surprise et ne permet d'obtenir le succès qu'on pouvait attendre d'une masse de 200 chars modernes. Le choc n'en est pas moins rude pour la 1re Panzer qui perd une centaine d'engins. Une fois de plus se révèle l'emploi désastreux des blindés par l'armée française, malgré la qualité du matériel. Pendant la bataille, devait dire Guderian, je tentai en vain de détruire un char B avec un canon antichar de 47 enlevé aux Français. Tous les coups ricochaient sans efficacité sur ce pachyderme. Nos canons de 37 et de 20 n'obtenaient pas plus de résultats. Nous subîmes de son fait des pertes sensibles et amères.

bataille de la Somme en 1940
bataille de la somme en 1940

Pendant ce temps, la 2e Panzer franchit l'Aisne à son tour et marche sur Reims en contournant tous les îlots de résistance. Ainsi, en moins de quarante-huit heures, la bataille est perdue. La VIe armée est rejetée sur la Marne, entraînant la IVe dans sa retraite. Pourtant le combattant français a vaillamment fait son devoir : Dans ces ruines de villages, les Français ont résisté jusqu'au dernier homme... On voyait encore sur le terrain, écrit von Stockeberg, comment ils avaient combattu, comment ils avaient défendu chaque mètre du sol, s'accrochant dans les champs de blé, utilisant le moindre arbre ou le moindre buisson. Les petits groupes étaient restés à leur poste, alors qu'ils n'avaient plus de liaison avec le reste des troupes, ni le moindre espoir de succès. Ils avaient ainsi conquis notre haute estime... Le poilu avait fait son devoir... A partir de maintenant, il n'y aura plus de résistance sérieuse et notre marche en avant ne sera plus qu'une course de vitesse!

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