La percée de Sedan

En mai 1940, les Allemands foncèrent avec leurs blindés et crevèrent le front à Sedan

A Sedan c'est l'enfer
Ce matin du 13 mai, le jour se leva au-dessus de Sedan, en même temps que tombaient les premières bombes. C'était le début d'un bombardement méthodique qui allait durer pendant plusieurs heures. Les avions, par vagues de quarante à cinquante, parvenaient au-dessus des positions françaises ; ils piquaient à tour de rôle pour lancer leurs bombes et leurs torpilles, et, une fois qu'ils s'étaient délestés de leur chargement, ils étaient remplacés immédiatement par d'autres. Ce pilonnage, exécuté par tranches de terrain, devait être renouvelé à de nombreuses reprises sur les berges de la Meuse, les ouvrages de la ligne de résistance, les points d'appui, les observatoires et les emplacements de batteries.
L'effet en était terrifiant. Les bombes sont de tous calibres. Les petites sont lâchées par paquet. Les grosses ne sifflent pas ; en tombant, elles imitent à s'y méprendre le grondement d'un train qui s'approche. Les Stukas se joignent aux bombardiers lourds. Le bruit de sirène de l'avion qui pique vrille l'oreille et met les nerfs à nu. Il vous prend envie de hurler. Le fracas des explosions maintenant domine tout. Plus une autre sensation n'existe. Bruit hallucinant de la torpille dont le sifflement grossit, s'approche, se prolonge; on se sent personnellement visé ; on attend, les muscles raidis ; l'éclatement est une délivrance. Mais un autre, deux autres, dix autres. Les sifflements s'entre­croisent en un lacis sans déchirure; les explosions se fondent en un bruit de tonnerre indiscontinu. Lorsqu'un instant son intensité diminue, on entend les respirations haletantes. Nous sommes là, immobiles, silencieux, le dos courbé, tassés sur nous-mêmes, la bouche ouverte pour ne pas avoir le tympan crevé.
Dans tous les carnets de route, on trouve des récits aussi évocateurs de la terrible épreuve endurée par des hommes qui n'y avaient pas été préparés.
Les soldats allemands eux-mêmes qui attendaient, tapis dans leurs trous, la fin du bombardement, étaient impressionnés. Le sous-officier Prumers, en a brossé un tableau saisissant : « Le grondement approche, venant de l'est. Et ce que nous vîmes dans les vingt minutes qui suivirent nous donna une des impressions les plus fortes de cette guerre. C'étaient dix, douze avions qui se précipitaient ensemble comme des oiseaux sur leur proie et qui ensuite se déchargeaient de leurs bombes au-dessus de la cible. Un énorme coup est porté à l'adversaire et sans arrêt pointent à l'horizon des Stukas qui prennent de l'altitude pour retomber sur la même cible : Sedan. Nous restons figés sur place à regarder ce qui se passe plus bas, c'est l'enfer »

Un champ de bataille dévasté
Le capitaine de Labarberie a décrit ainsi ce champ de bataille dévasté avant qu'aucun combat ait eu lieu : « Les ouvrages bétonnés sont recouverts de terre, certains sont éventrés, les créneaux obstrués, les armes faussées, de nombreux abris sont littéralement pulvérisés.
Des points d'appui, des positions de batterie sont complètement bouleversés. L'effet moral sur les troupes est considérable. A côté des tués et des blessés, il y a la masse des combattants plaqués au fond des tranchées ou des abris par le souffle des explosions, abrutis par le fracas des bombes et le sifflement des rafales de mitrailleuses, écrasés, vidés de souffle et d'énergie par le terrible pilonnage qui détermine chez tous une profonde dépression nerveuse. Plus importantes que les destructions étaient la démoralisation et la désorganisation que provoquait l'aviation allemande. Puis, subitement, les bombardiers et les Stukas disparurent. Aux explosions des dernières bombes succédaient maintenant les coups secs des pièces antiaériennes de 88 tirant à bout portant des rives même de la Meuse contre les fortins déjà branlants. Les colonnes de fumée qui s'élevaient sur tous les points de l'horizon témoignaient de l'enfer qui s'était déchaîné sur Sedan.

L'assaut et la traversée de la Meuse
Le commandant la 6e compagnie, constata que, malgré les attaques meurtrières de la Luftwaffe, les soldats français étaient bien décidés à se défendre énergiquement : Les Français reconnaissent enfin le danger et se mettent à riposter sans souci des bombes qui éclatent autour d'eux. Les sapeurs amènent leurs canots d'assaut, mais ne peuvent atteindre la rivière. L'ennemi observe tous nos mouvements; des canons d'assaut sont mis en batterie, mais leurs projectiles ne peuvent rien contre les parois de béton. On perd un temps précieux jusqu'à ce que, finalement, un 88 réduise l'ennemi au silence. Les canots sont avancés de nouveau, mais la tentative réveille le feu.
A ce moment, les regards de tous les hommes se tournèrent vers leurs chefs, attendant le signal de l'attaque.
Seize heures Ils bondirent, poussèrent les canots à l'eau et sautèrent dedans avec la rapidité de l'éclair. Les sacs pneumatiques s'enfoncèrent dans les nuages de fumée épaissis sur la Meuse. Les gerbes d'eau produites par les mitrailleuses ennemies encadraient les embarcations, mais personne n'avait le temps d'y songer. Les obus se croisaient au-dessus de l'eau. Des projectiles sifflaient. Le bruit du combat était effrayant.
Lisons cette description faite par l'un de ces jeunes Allemands pour lequel cet après-midi du 13 mai est demeuré inoubliable : « En canots pneumatiques ou sur des radeaux improvisés, les fantassins se lancent à travers le fleuve. Un feu intense s'abat sur eux ; une embarcation atteint la rive adverse, puis une autre. Une troisième coule à mi-parcours, une quatrième saute en l'air, la suivante est détruite avant même d'être mise à l'eau, mais la sixième s'ébranle et réussit la traversée sans être touchée. Bientôt sur l'autre rive, elles sont dix, quinze. Le fleuve grouille d'uniformes feldgrau. De l'eau, des embarcations et, entre elles,, d'étroites lignes rouges : du sang »

stukas en 1940
soldat français prisonnier en 1940
traversée de la Meuse en 1940
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