La ferme des Cendrières...Un sacrifice héroïque

Les Allemands rendront hommage à l'héroïsme de tous ces combattants

L'énergie du désespoir
Une fois parvenus de l'autre côté de la Meuse, les assaillants se rendirent compte que, contrairement à ce que leurs chefs leur avaient laissé prévoir, leurs adversaires luttaient avec l'énergie du désespoir :
« Je suis donc seul sur l'autre rive, avec un sergent, quatre hommes et le groupe d'infanterie qui nous couvre à droite, a rapporté le feldwebel Rubarth. Nous sommes immédiatement accueillis par un violent feu de mitrailleuses. Nos munitions sont épuisées et nous ne pouvons poursuivre l'attaque. Pour obtenir des renforts et des munitions, je retourne à la berge et constate que la traversée est interrompue par un tir très intense de l'ennemi. Les canots sont dégonflés ou lacérés. Quatre hommes de mon détachement ont été tués. Mon commandant de compagnie, resté sur l'autre rive, ordonne d'amener de nouveaux canots et désigne des équipages. »
Il était primordial pour la réussite de l'opération que les casemates et fortins, d'où parvenaient des tirs meurtriers, soient neutralisés, car leurs feux empêchaient le lancement des ponts de bateaux nécessaires au passage des renforts. Les réseaux de barbelés les protégeant furent facilement détruits avec des explosifs, tandis que les Stukas, reprenant leur ronde infernale, mitraillaient et bombardaient, lâchant leurs bombes directement sur leur objectif.
Les effets du souffle réduisaient les occupants à l'impuissance. Le lieutenant Verron les a décrits : « Les sacs de sable qui bouchaient l'entrée et remplaçaient la porte blindée étaient projetés sur nous et le souffle renversait nos armes. Nous étions dans un mélange de fumée âcre, de poussière et de ciment; nous ne distinguions plus rien. Le vacarme était assourdissant et le bruit des sirènes intenable. La casemate craquait de tous côtés. »
C'était le moment qu'attendaient les pionniers. Continuons le récit du feldwebel Rubarth : « Nous passons en rampant dans l'angle mort du fortin et l'attaquons par l'arrière avec une charge explosive. L'explosion arrache une partie de la paroi arrière. Nous profitons de l'occasion pour réduire les occupants avec des grenades. » D'autres plus audacieux, comme le feldwebel Preuss, montaient sur le toit des blockhaus et fai saient tomber leurs grenades par les bouches d'aération. Lorsque la distance et la visibilité le permettaient, les chars et les canons automoteurs, postés sur la rive opposée, tiraient de plein fouet dans les embrasures des casemates, détruisant tout à l'intérieur et faisant éclater le béton qui avait résisté aux bombardements.

Il est minuit à Sedan
Guderian était maintenant confiant. Les pontonniers venaient de mettre en place le dernier bac. Le pont de seize tonnes était terminé. Sa construction était une opération presque aussi importante que le passage de la Meuse. Le sort de la bataille en dépendait. Un accident, un retard et toute l'opération était. compromise. Si les chars et le ravitaillement ne les rejoignaient pas à l'aube, les milliers de soldats qui s'infiltraient à la faveur de l'obscurité à l'intérieur des positions françaises seraient pris dans une souricière. Les dieux avaient encore été avec lui.
Depuis minuit, les longues colonnes de véhicules de toute sorte : chars, automitrailleuses, canons, camions, accumulés sur les routes et dans les champs, passaient sur le pont, serrés les uns contre les autres, et fonçaient dans la nuit en direction du sud. C'était le début d'une chevauchée fantastique qui devait les conduire en quelques jours sur les rives de la Manche.

Un sacrifice héroïque
A une trentaine de kilomètres au sud de Sedan, les Allemands se heurtent à une résistance acharnée de la 3e division d'infanterie motorisée .
La 7e compagnie est commandée par le lieutenant Crambes. C'est un officier qui possède avant tout le sens scrupuleux du devoir, l'orgueil des missions difficiles. Sa détermination est partagée par le lieutenant Bes de Berc qui le seconde efficacement et par toute la compagnie. Pendant huit jours, ils sont encerclés dans la ferme des Cendrières. Au milieu des blessés et des mourants, ils livrent un combat qui paraît désespéré, mais une foi et une résolution inébranlables les animent. Les Allemands leur demandent de se rendre. Le lieutenant Crambes refuse... et pourtant sa compagnie de 120 hommes a littéralement fondu. Ils ne sont plus que 30, assommés de fatigue, affamés, au bord de l'épuisement, sans liaison. Les Allemands veulent en finir : après une préparation d'artillerie d'une violence terrifiante, les fantassins débouchent à deux cents mètres des derniers défenseurs. Malgré la fumée, les rafales d'armes automatiques, ils continuent de tenir ; la perte des deux officiers ne fait pas cesser le combat. Sous le commandement du caporal Elmosino, le gradé le plus ancien, les rescapés se rassemblent hors de la ferme en flammes. Mais le dépôt de munitions à son tour est incendié... Sans munitions, le combat devient impossible.
La ferme des Cendrières, c'est Sidi-Brahim, c'est Camerone. Les Allemands rendront hommage à l'héroïsme de tous ces combattants, mais, pendant ce temps, les Panzer se sont élancés vers l'ouest, vers la mer, vers Dunkerque.

1939, soldat français
sedan 1940
suivant