L'exode en mai et juin 1940

Une immense colonne de gens terrorisés se rua vers le sud de la France

Deux millions de Belges
Dans les jours qui suivirent les premières batailles, l'exode allait prendre des proportions considérables. Et d'abord concerner la Belgique tout entière. Le long des routes, sous les arbres, dans les taillis et les clairières, une multitude de réfugiés stationnaient, hagards, épuisés, lamentables. Cadavres d'hommes, de femmes, d'enfants, d'animaux. Véhicules de toute sorte, incohérents. Vieillards gisants sur des brouettes, cages à lapins ou à poules sur des voitures d'enfants, vieux tacots hors d'usage tirés par des boeufs, camions remorquant des tombereaux, le tout chargé de matelas, de bottes de paille, de fourneaux, tout l'attirail disparate de l'épouvante et de la fuite.

Pris au piège
Des centaines de milliers de fuyards sont bientôt pris au piège. Les Allemands s'acharnent en effet sur les ponts, les gares, les routes. Les embouteillages, en gênant l'arrivée des renforts, favorisent leur action.
Souvent les civils, qui ne savent exactement où aller, qui suivent le flot, avancent avec lui, stoppent avec lui, soucieux seulement de préserver l'unité de la cellule familiale, et c'est difficile dans la nuit comme dans les moments de panique; souvent les civils, rattrapés par les avant-gardes allemandes, regagnent le village ou la ville d'où ils sont partis quelques heures plus tôt. C'est ce qui arrive à plusieurs reprises dans l'Aisne et dans la Somme...

Jamais assez de trains
Dramatique, sanglant, car c'est dans les premiers jours que les civils souffriront le plus, l'exode, pendant la période qui va du 10 au 31 mai, demeure cependant relativement organisé. Des trains circulent encore. Partout où se trouve l'armée, d'imposants stocks de ravitaillement sont entassés. Derrière la mouvante ligne de feu, qui n'a pas encore débordé la classique, l'éternelle ligne de feu de toutes les invasions allemandes, existe surtout un pays surpris, bousculé, mais plein de pitié pour ces réfugiés qui surgissent par milliers de wagons souvent criblés de balles, qui arrivent les pieds en sang, le visage hagard, les vêtements déchirés, qui racontent comment ils ont joué à cache-cache à l'abri d'un arbre avec les avions rugissants, qui commencent à rédiger enfin, pour les journaux locaux ou les murs des mairies, d'émouvantes annonces de recherches.
Mais bien vite c'est la France tout entière qui va s'enrouler sur elle-même.
Il y a eu, pendant quelques jours, très peu de jours, arrêt dans les départs et même parfois reflux des populations touchées par l'exode. La bataille des Flandres put laisser croire, en effet, que les combats se figeraient. Mais très vite la guerre éclair allait reprendre et de cette pause dans l'exode il ne reste rien dans la mémoire des Français. Bien au contraire, les départs de juin ont été les plus nombreux et, sinon les plus dramatiques, du moins les plus souvent racontés et les plus connus.
C'est aussi qu'ils ont touché un nombre de Français qu'il n'a jamais été possible de préciser avec exactitude (entre six et huit millions), qu'ils ont été marqués par des épisodes sanglants autour des ponts de la Loire, qu'ils ont contribué enfin à entasser, sur des territoires sans cesse plus étroits, des masses sans cesse plus nombreuses.

exode en 1940
refugies en juin 1940

Après la panique du 16 mai et les premiers départs des Parisiens, le gouvernement se reprit et joua la carte de la confiance. Services publics et travailleurs étaient invités à rester sur place. Si la guerre continuait, il était d'ailleurs nécessaire de conserver la population ouvrière indispensable au fonctionnement des usines d'armement toujours en pleine activité. Le bombardement des usines Citroen le 3 juin, l'attaque allemande sur la Somme le 5 juin allaient tout remettre en question et, dans les premiers jours du mois, la capitale se vida rapidement. Les communiqués, aussi discrets qu'ils aient été, parlaient de villes proches, de. villes où l'an passé encore on s'était rendu en vacances; la capitale était traversée de troupes qui campaient sur les quais, dans les cours et autour des bâtiments.
Réussissaient-ils à prendre d'assaut un compartiment, les voyageurs s'installaient partout, encombrant les couloirs, occupant les lavabos, attendant, dans l'angoisse, l'instant d'un départ qui allait les livrer, au hasard des voies bombardées et des ponts coupés, à de nouveaux périls.

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