Les bagnards aident le roi de Grèce

Et... Le dilemme du général Student : renoncer ou rester !

Pour le roi Georges et son escorte, la journée s'achève dans une pénible ascension des montagnes Blanches.
Les sentiers sont à peine tracés, à travers les éboulis chaotiques, semés d'immortelles et de cactées. Ici, un olivier millénaire tord ses branches noueuses au-dessus d'un précipice sans fond. Là, c'est un figuier rabougri.
Dans un hameau qui se perche sur l'escarpement, les fugitifs négocient l'achat de quelques mules.
Le parcours est si difficile qu'après avoir grimpé tout le jour c'est à peine s'ils sont à 15 kilomètres de leur point de départ, à vol d'oiseau. Au village, les maisons sont désertes : les hommes valides se battent. Le chef de la Koinotis (le maire), offre l'hospitalité pour la nuit au roi et à sa suite : pain, fromage et vin rouge.
Succombant à la fatigue, chacun s'étend à même le sol de terre battue, le plus près possible de l'âtre, où pétillent des bûches résineuses, dont les flammèches projettent sur les murs blancs d'étranges ombres mouvantes.
Soudain, ceux qui ne dorment pas encore dressent l'oreille. Dans la rue : le bruit d'une troupe. Des voix rauques. Des cris. Les fugitifs bondissent sur leurs armes. Des coups violents ébranlent la porte, fermée au verrou. Revolver au poing, le colonel Blunt saisit une chandelle fumeuse, entrouvre le battant.
La lumière vacillante de la mèche révèle une troupe d'apparence hirsute. Clairs-obscurs goyesques sur un parti d'individus patibulaires, aux visages envahis par la barbe, vêtus de pyjamas rayés en lambeaux, tels qu'en portent les forçats.
Ce sont les détenus de la prison d'Alikianou, dans la plaine. Les Allemands s'en sont emparés et la transforment en hôpital de campagne. Ils ont chassé les condamnés. Ceux-ci se sont égaillés par la montagne.
— Que cherchez-vous?
— Des armes I répond le meneur. Des armes, pour reprendre la prison.
En Grèce, la réalité dépasse souvent la fiction.
Georges II et ses compagnons retournent se coucher sur le sol.
Le 20 et le 21 mai, avant l'aube, la Royal Navy détruit les convois de caïques qui amènent des renforts à la division de montagne. Puis, le jour se lève.
La terre est rouge, les champs de blé paraissent semés de flocons de neige et de coquelicots : ce sont les parachutes de la Wehrmacht. Ici et là, des carcasses d'avions et de planeurs calcinés ressemblent à distance à de gros insectes.
Dans la matinée du 21, le général allemand Student compulse les premiers résultats de son offensive et n'est guère rassuré.
Le dilemme qui lui est offert est simple : renoncer à l'opération qu'il a tant prônée et encourir la disgrâce du Führer, ou risquer de sacrifier la fleur des troupes aéroportées du Reich pour un résultat nul.
Student assigne les objectifs de la journée :
— Renforcer le secteur de Malème et pousser vers La Canée pour effectuer la jonction avec le groupe du centre;
— Occuper la baie de la Sude afin de débarquer du matériel lourd;
— Convaincre les Italiens de risquer ce qui reste de leur flotte à l'ouest des eaux crétoises pour attirer les vaisseaux britanniques qui déciment les caïques du général Ringel; effectuer le débarquement du maximum possible d'éléments de la division de montagne transportés par mer.
A 15 heures, le 21 mai, des parachutistes sautent du côté de Pirgos, entre Malème et La Canée, puis, à 15 h 40 d'autres encore, à proximité du 28e bataillon néo-zélandais.
Le premier groupe tombe sur une embuscade : descendu dans un champ de mines, il est pris sous le feu de nids de mitrailleuses bien camouflés.
L'autre a plus de succès. C'est celui du colonel Ramcke. Cet officier arrive pour remplacer le général Meindl, hors de combat. Ramcke saute avec son aide de camp, le lieutenant Reil, sur un damier d'oliviers foncés et de vignobles clairs. Des soldats les aident à se débarrasser de leurs parachutes.
— La situation?
— Le général Meinde grièvement blessé. Le chef de bataillon tué. Plusieurs autres officiers aussi. Le capitaine Gericke se bat des deux côtés de la route côtière. Mais le major Stenzler occupe la pente sud-est de la cote 107.
Quelques Junkers brûlent sur la piste de Malème. Mais, s'il demeure encore sous le feu britannique, l'aéroport est aux mains des soldats du Reich. Et Ramcke attend d'importants renforts.
A la tombée de la nuit, Ramcke tient son secteur bien en main.
résistants en Crète en 1941
Student en Crète en 1941
parachutistes allemands en Crète en 1941
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