La prise de Malème par les parachutistes allemands

Beaucoup de parachutistes meurent avant de prendre pied à terre

junker 52 détruit à Malème en 1941
Autour de Malème, partout, la défense tire sur les avions. Secouant les canons, la terre tremble sous l'impact des bombes : les Stukas et les Heikel s'acharnent sur les batteries, parfaitement repérées par la reconnaissance aérienne. La chasse vrombit au ras des olivaies. Couchés dans les tranchées-abris, les hommes, commotionnés, saignent du nez et des oreilles.
Les énormes Junkers 52 de transport arrivent à la verticale : on dirait qu'ils se laissent tomber comme des pierres.
« Mais autour des parachutistes en descente, l'enfer se déchaîne. Beaucoup meurent avant de prendre pied à terre. Des dizaines restent suspendus aux oliviers, balancés par la brise, les yeux vitreux. »
Beaucoup, parmi les planeurs, cassent du bois. Presque partout, le terrain est planté de vignobles, d'oliviers et de gros roseaux : autant d'obstacles. Puis, les appareils sont lents, les défenseurs les voient venir, ont le temps de calculer approximativement le lieu où ils se dirigent et de courir les y accueillir.
Les Allemands qui ne sont pas assommés dans une carlingue qui capote sont reçus par des volées de balles, à la sortie. Chaque mouvement peut coûter la vie.
parachutiste allemans à Malème en 1941
Le général Meindl, qui doit prendre Malème, est grièvement blessé à la poitrine. Partout, Néo-Zélandais, fusiliers-marins britanniques, Canadiens, Grecs « font du bon travail ». Le commandant du point de résistance à l'est de Malème refuse des renforts :
— Inutile ! Ces parachutistes seront tous morts avant que vous me les fassiez parvenir.
Dans les campagnes, la population armée de couteaux et de faucilles, tombe sur les parachutistes ou les équipages de planeurs égarés. Les Crétois tuent. Ils égorgent les Allemands comme ils ont jadis égorgé les Turcs, et égorgé les Vénitiens quand ceux-ci ont débarqué.
A midi, la plupart des Allemands descendus à l'est de Malème sont morts ou prisonniers. Ils n'ont pu s'emparer de l'aérodrome.
Cependant, à l'ouest, dans le lit, large de 600 mètres, du torrent, d'autres sont parvenus à s'organiser et reçoivent des armes, des munitions, des médicaments et des renforts parachutés. Leur résistance à la fatigue du combat est phénoménale : ils ont absorbé de la Benzédrine, les « comprimés du courage ». Près du camp de la R.A.F. ils font bientôt des progrès. Ils avancent par bonds vers la cote 107 où se trouve le P.C. du commandant des Maoris, Andrew.
Après midi une autre contre-attaque néo-zélandaise ne réussit qu'à liquider quelques poches. Côté anglais, les ordres arrivent mal. Aucun effort massif n'est exécuté pour déloger les parachutistes et ils restent où ils sont.
A Rethymno, le lieutenant-colonel Campbell et ses Australiens atteignent l'effectif d'une brigade. Parmi les armes : 4 chenillettes, mais les mortiers de 76 sont privés de socles et les 3 000 Grecs de la région (soldats et police) n'ont pas 10 cartouches par homme.
Le branle-bas de combat débute un peu avant 15 h 45, près de soixante minutes en retard sur l'heure H. Le colonel Heindrich saute avec le 3e régiment parachutiste. Le 8e régiment grec les reçoit. Les Crétois se battent énergiquement, mais c'est à peine s'ils ont des munitions, et ils doivent bientôt se replier.
Un capitaine du Queen's Regiment, For-rester, réunit une bande de civils grecs et contre-attaque. Parmi les soldats : des femmes. « Un Crétois avait attaché un couteau en dents de scie au bout de son fusil de chasse, en guise de baïonnette. Ses camarades portaient des armes de tout genre.
« Cependant ce groupe hétéroclite, avec Forrester à sa tête, franchit le parapet et fonce vers l'ennemi qui s'enfuit. »
A 17 heures, l'attaque se produit dans le secteur d'Héraclion. Les canons Bofors des Australiens, les « pom-pom » antiaériens et les mitrailleuses abattent quinze Junkers. Certains appareils prennent feu au moment où les parachutistes s'apprêtent à sauter, et les parachutes s'enflamment comme des torches dans le vent.
Les avions passent à la verticale par centaines. Les panneaux s'ouvrent et le ciel, au-dessus de la vallée, s'emplit de petits objets noirs : des hommes qui bientôt se balancent à leurs suspentes. Pendant un instant les Britanniques, stupéfaits, retiennent leur souffle. Puis, on dirait que leurs fusils et leurs mitrailleuses partent tout seuls. Beaucoup d'Allemands sont morts avant de toucher le sol. Le bataillon de York et Lancastre, et des Grecs tiennent la ville d'Héraclion même. Le général Chappel manque d'artillerie, mais il dispose de fantassins assez nombreux, quoique mal armés et approvisionnés. Ils tuent plus de 200 assaillants alors que ceux-ci se balancent encore en l'air. Des batailles se livrent dans les faubourgs. Quelques parachutistes parviennent jusqu'au quai du pittoresque petit port. D'autres s'enterrent à la lisière sud de la ville. Mais quand la nuit tombe, ni l'aéroport ni l'agglomération ne sont enlevés.
C'est à Malème surtout que les Allemands n'ont cessé d'affluer. Leur chef, le général Student, s'avise que s'il ne parvient pas à s'assurer des pistes au cours de la première nuit, il dépendra ensuite uniquement des renforts par mer.
« Je décidai d'engager toutes les réserves à Malème. Ce fut pour moi une nuit extrêmement critique. »
Critique, elle l'est encore davantage pour les Néo-Zélandais qui, pilonnés et mitraillés par la Luftwaffe tout le jour, ne sont plus qu'environ deux cents en état de combattre. A la faveur de l'obscurité, Andrews ordonne un repli.
Si les Allemands n'ont pris ni Héraclion ni Rethymno, par contre Malème est en grave danger de se trouver perdu pour les Britanniques.
Malème en Crète en 1941
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