L'évasion du roi de Grèce Georges II

Les avions lâchent deux cents parachutistes juste au-dessus de leurs têtes.

invasion de la crète en 1941
Partout où existent des pistes d'envol en Attique, dans le Péloponnèse et dans les Îles, le 19 mai à la nuit tombée, des camions allemands convoient les parachutistes de la première vague jusqu'au pied des avions transporteurs qui chauffent leurs moteurs. Von der Heydte décrit la scène :
« A travers les nuages de poussière, on aperçoit la lueur des échappements, qui permet de distinguer les silhouettes des hommes.
« Allumant le faisceau vert de leurs torches pour indiquer leur présence, les officiers et sous-officiers font de leur mieux pour se faire entendre malgré ce vacarme. Je pensai à des vers luisants en août. »
Enfin, les hommes lourdement harnachés grimpent dans les appareils. Lentement, les avions roulent sur la piste, jusqu'au bout, dans le noir, et prennent la direction contre le vent. Les moteurs ronflent. L'armada décolle, s'élevant dans le ciel plein d'étoiles.
A bord, les parachutistes, installés sur leurs banquettes métalliques, parlent un peu et puis somnolent. Les minutes s'égrènent dans la pénombre. Le feu vert du signal, au-dessus de la cloison qui sépare le poste de pilotage du reste, semble entouré d'un halo.
parachutiste allemand saute en crète en 1941
Von der Heydte doit sauter avec ses hommes, près de La Canée au-dessus de la « Vallée de la Prison » facilement repérable en raison du vieux bâtiment pénitentiaire. Bercé par le ronronnement des moteurs il s'est assoupi un peu. Combien de temps?
Soudain, son adjoint le réveille :
— Nous approchons de la Crète, mon commandant 1
« Je mis un certain temps à me rappeler où je me trouvais. Cette attente du moment où il faudra sauter est effroyablement pénible, exténuante. Je m'efforçai vainement de rester calme et patient.
« N'y tenant plus, j'avançai vers la porte ouverte : dans l'aurore, des montagnes se dressaient devant nous et les avions avaient l'air d'oiseaux géants, en train de gagner leur aire.
« — Attention, fit le pilote. Préparez-vous à sauter I »
Chaque parachutiste vérifie nerveusement son équipement. L'avion perd de l'altitude.
— Parés à sauter !
Les hommes se lèvent, accrochent les commandes de leurs parachutes à la ligne statique qui court le long de la carlingue. Le premier, le commandant est debout, à côté de la porte ouverte sur le vide. Le courant d'air l'enveloppe.
Le feu rouge s'allume. Il se pousse en avant, saute, bras et jambes en croix. Le suivant l'imite, puis les autres, selon un rythme rapide.
Il est 6 h 30. L'aurore est belle. L'Egée scintille. Les montagnes Blanches, sous leur calotte de neige, étincellent. Des nuages sinistres s'élèvent au-dessus de Malème, pilonné par les bombardiers de la Luftwaffe. De longues kyrielles de planeurs lâchent leurs avions de remorque et, lentement, évoluent pour se poser sur le lit d'un torrent à sec.
Vers 9 heures, de leur jardin, le roi de Grèce Georges II, le Premier ministre Tsoudéros et le colonel Blunt comptent les petites ombrelles, si promptes à éclore dans le sillage des lourds appareils de transport .
Vers les 9 h 30, ils suivent des yeux une importante formation de Junkers apparue au sud-ouest, le cap droit sur Périvolia. La voilà qui approche. Elle lâche deux cents parachutistes juste au-dessus de leurs têtes.
Les Allemands atterrissent de part et d'autre de la ville que le roi a quittée la veille. C'est un commando spécial : ils savent parfaitement qui réside, en principe, dans la maison. Leurs officiers interrogent le propriétaire et lui demandent où est passé le roi.
Pour Georges II et son escorte, qui se trouvent à moins de 1 500 mètres, chaque seconde compte. Tandis que les parachutistes perquisitionnent, le roi, le prince Pierre, le colonel Lévidis, maître du Protocole, Tsoudéros et Vavaressos, le gouverneur de la Banque de Grèce, se faufilent vers les premiers contreforts des montagnes par des sentiers dérobés.
Deux kilomètres plus loin, ils tombent sur un autre parti de parachutistes. Les NéoZélandais les accrochent, protégeant la retraite du roi et de sa suite.
D'autres parachutistes encore descendent un peu plus loin : les transfuges les évitent de justesse. A chaque instant, Georges II, le prince Pierre, les ministres se jettent à plat ventre parmi les ronces et les rochers.
Des chasseurs hostiles mènent un carrousel effréné au-dessus de leurs têtes, mitraillent tout ce qui bouge, volent tellement bas qu'on aperçoit les visages des pilotes casqués de cuir.
Le groupe parvient au pied de la montagne et s'engage dans un défilé.
Tout à coup, des détonations claquent alentour. Les balles ricochent dans la rocaille : des Crétois ont repéré, de loin, la petite caravane, et lui tendent une embuscade.
Le prince Pierre tente de parlementer. Il crie :
— Nous sommes des amis
Invisible dans le maquis, le chef des guérillas répond à pleine voix :
— Les Allemands aussi parlent le grec et portent nos uniformes
Il faut un bon quart d'heure pour persuader les partisans de cesser de tirer. Puis, le groupe royal poursuit son ascension dans la montagne.
parachutistes allemands pendant la deuxième guerre mondiale
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