Le drapeau blanc

Victoire à la Pyrrhus pour les parachutistes allemands

Le 24 mai, devant l'afflux ininterrompu de renforts allemands à Malème, la situation s'aggrave. En Crète, la Luftwaffe domine le ciel absolument.
Le 24, à 18 h 30, l'amiral Cunningham, commandant en chef du bassin oriental, répond à l'un des messages pressants de l'Amirauté de Londres :
« L'ampleur des attaques ennemies ne permet plus à la flotte d'opérer de jour dans l'Égée et au voisinage de la Crète... »
Sans la marine, unique moyen de ravi taillement britannique, ne peut chasser les envahisseurs. Le général Student expédie des renforts à une cadence uniquement limitée par ses capacités aériennes de transport.
Le 25, tout ce que Freyberg peut encore espérer, c'est une retraite en bon ordre. Encore, n'est-il pas certain d'y réussir. Au moment où il se prépare à écrire dans ce sens à Wavell, le général Puttick lui adresse un message urgent annonçant que les Allemands de Malème commencent une attaque puissante, et s'apprêtent à crever le front.
Le général Ringel, commandant de la division de montagne, possède près de 18 000 hommes à terre. Il décide de porter un coup mortel à la défense avant que le jour s'achève.
Freyberg comprend que la partie est perdue. Il le signale, « en le déplorant », à Wavell :
« La limite de l'endurance humaine est atteinte. Quelle que puisse être la décision, la situation militaire est désespérée. » Au reçu de ce rapport, l'amiral Cunningham n'a plus qu'une ressource : préparer immédiatement le « Troisième Dunkerque ».
Le tableau s'assombrit de plus en plus vite. L'offensive allemande se généralise à l'ouest, et Puttick ordonne à la brigade australienne de se replier à l'est de La Canée.
A Kastelli, les Allemands finissent par vaincre la résistance des bagnards et disposent d'un port où ils débarquent des chars.
La garnison d'Héraclion a plus de chance. Elle voit apparaître les croiseurs Orion, Dido, et les destroyers Hotspur, Decoy, Kimberley, Hereward, Jackal et Impérial. Cette flotte embarque 4 000 hommes environ.
Le 28, tandis que plusieurs groupes d'Australiens et de Néo-Zélandais cheminent dans les montagnes en direction de la côte sud, l'évacuation se poursuit sur les plages du nord et à La Sude, gênée par la ronde constante des Stukas.
Le 29 et le 30 mai, plus de 6 000 hommes s'embarquent encore. Cependant, le gros de la division néo-zélandaise se trouve encore en Crète, avec son général, Freyberg. Celui-ci télégraphie au Premier ministre de Nouvelle-Zélande, Fraser, qui se trouve au Caire : « Ne pouvez-vous réunir plus de navires pour nous évacuer dans la nuit de demain? »
Des navires, Cunningham n'en a plus assez. Morse, qui assume la responsabilité de l'évacuation par les plages, fait ses comptes : 1 000 hommes seulement, encore, vont partir.
Tandis que les destroyers s'éloignent, ceux qui restent à terre chantent : « Ce n'est qu'un au revoir mes frères. »
Dans le sud, les premiers Néo-Zélandais et Australiens atteignent la côte. La Royal Navy va continuer d'en recueillir pendant plusieurs jours.
Freyberg part au dernier moment, avec son état-major. La marine est parvenue, dans des conditions difficiles, et sous le bombardement constant des Stukas, au prix de pertes lourdes, à sauver 16 000 soldats de la captivité.
Dans un ordre du jour, Wavell explique la défaite à ses troupes, et en même temps avoue s'être laissé dépasser par les événements :
Je fis confiance à votre bravoure et à votre valeur, pour tenir l'île, ce que vous auriez très certainement réussi si l'attaque était restée dans les limites prévues par moi. Malheureusement, l'ennemi put engager sur terre et dans l'air des moyens très supérieurs à ceux que je considérais comme probables, et il accepta des sacrifices très élevés.
En avouant son insuffisance, Wavell dit vrai. La bataille d'Afrique ne lui a jamais laissé considérer la Grèce ou la Crète autrement qu'un théâtre secondaire. Mais quand il parle des pertes allemandes, il dit vrai aussi. Les paras sont tombés par milliers sous les rafales britanniques ou les couteaux crétois. La première opération aéroportée de l'Histoire a coûté trop cher : comme à Pyrrhus ses victoires contre Rome. Plus jamais le vide ne sera comblé.
prisonnier britannique en Crète en 1941
evacuation du corps britannique en Crète en 1941
cimetière de parachutistes ammemands en Crète en 1941
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