Confusion chez les britanniques et 2000 Allemands noyés

Pendant ce temps, le roi de Grèce mange du mouton à 2000m d'altitude !

Les Anzacs chargés de la contre-attaque n'ont pas de chance. Ils subissent un bombardement en cours de route, puis, à La Canée, leur guide s'égare. Minuit passe et devant Malème on les attend toujours. Certains officiers se demandent s'il ne vaut pas mieux renoncer à l'opération : elle risque désormais de se prolonger jusqu'au jour. Et le jour est le domaine exclusif de la Luftwaffe.
La R.A.F. vient d'abandonner l'île : impossible de lutter à 20 contre 1.
Sur la plage voisine de l'aéroport, les guetteurs allemands écarquillent les yeux pour repérer les renforts qui voguent sur la mer.
A 20 milles au nord, la force D, Royal Navy, composée de 3 croiseurs et de 4 des troyers, patrouille les flots obscurcis. Sur mer, ils sont tranquilles : les grosses unités de la marine italienne, étrillées à Matapan, ne sont signalées nulle part. Les radars virevoltent.
A présent, il fait nuit. Le ciel est constellé d'étoiles. Soudain, sur les écrans fluorescents, des traces font leur apparition : ce sont des caïques, escortés par des vedettes rapides, et un destroyer italien, le Lupo. Ils transportent quelque 2 300 hommes du 100e régiment de montagne allemand, une partie d'un régiment de D.C.A. et des armes lourdes, dans un black-out complet.
Mais le radar y voit. La force D fonce de l'avant, vers un point à 18 milles au nord de La Canée. A 23 h 30, les projecteurs des croiseurs s'allument, balayent les flots. Ils éclairent une première file de caïques. Les bordées de 101 des croiseurs font une véritable hécatombe. Dix, vingt embarcations surchargées d'hommes s'en vont par le fond. Le massacre dure près de deux heures noyant environ 2 000 Allemands.
Cette fois, le général Student a compris. L'amiral Weichold, historien officiel de la Kriegsmarine, écrit :
« Le danger d'envoyer des troupes par mer devint si manifeste que tous les mouvements de ce genre, déjà amorcés, furent décommandés.
« L'intervention de la flotte britannique interdit de faire parvenir des renforts dans l'île autrement que par air. »
Pendant ce temps, dans les montagnes Blanches, par 2 000 mètres d'altitude, le roi, ses ministres et leurs compagnons britanniques campent dans la neige. Le ciel scintille de milliers d'étoiles. Le vent, tranchant comme une faucille, balaye les cimes. Les Néo-Zélandais qui protègent le groupe sont en tenue d'été : chemisette et short. Ils grelottent autour d'un feu allumé non sans difficulté et partagent de maigres rations avec le roi Georges II et ses Grecs. Pauvre repas d'infortune.
Mais non : une silhouette emmitouflée surgit d'un pertuis, sautant de rocher en rocher, comme un chamois. C'est le pâtre de la ville qui a suivi le groupe. Il porte un mouton sur son dos.
— Pour vous autres dit-il simplement au roi.
Le feu mourant est ranimé. On fait rôtir la bête. En tombant sur les braises, la graisse de l'agneau grésille. Alentour les stalactites de glace translucide qui pendent à un surplomb s'habillent d'étincelles.
Puis, serrés les uns contre les autres, à l'abri précaire d'une crevasse, hommes et bêtes, gelés, cherchent vainement le sommeil. A l'aube, le vent du sud apporte un bruit lointain de canonnade. Il s'agit maintenant de descendre par le côté le plus raide de la montagne. Des à-pics réputés inaccessibles.
Les mules elles-mêmes ne passent pas. On les abandonne. Ravins, escarpements. Georges II, le prince, Tsoudéros, les ministres ont les pieds en sang, les mains couvertes d'engelures saignantes, les visages égratignés.
Ils atteignent cependant le bourg de Samaria, à 20 kilomètres de la mer. Les habitants commencent par se méfier. Le roi, cet officier pas rasé à l'uniforme déchiré, maculé? Pourtant, c'est bien lui I Il leur parle, les apaise. Il devient possible de prendre quelque repos.
Royal navy en Crète en 1941
Georges III de Grèce en Crète en 1941
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