Janvier - Février 1944... La première bataille

Pertes sanglantes pour un gain dérisoire

Après avoir franchi les montagnes au nord de Naples et atteint la vallée du Rapido, au début de 1944, les troupes alliées se heurtèrent à l'une des plus formidables positions de défense du monde. Devant elles se trouvait le Rapido en crue. Ses rives avaient été minées et les champs de mines étaient hérissés de pièges de fil de fer qui provoquaient au simple contact des explosions mortelles. Au-delà du fleuve s'allongeait une rangée de collines solidement défendues et la ville de Cassino, qui constituait elle aussi un obstacle de taille avec ses maisons dissimulant des emplacements de chars, de canons et de nids de mitrailleuses.
Quant au mont Cassin, berceau de l'ordre des bénédictins au vie siècle, il dominait la vallée de ses 600 m et constituait un remarquable observatoire naturel permettant de surveiller tous les mouvements alentour. Les pentes de cette montagne en forme de pain de sucre et les hauteurs environnantes étaient truffées de mines, parsemées de barbelés. Au milieu de cette jungle, des canons étaient pointés sur la vallée.
De janvier à fin mars, alors que les Alliés livraient des combats acharnés pour faire sauter les obstacles les uns après les autres, les soldats des deux camps connurent un véritable calvaire. Aux prises avec un des hivers italiens les plus rigoureux du siècle, ils endurèrent des pluies diluviennes, la boue, des vents glacials, des congères de neige et des températures sibériennes. Les hommes qui ne purent garantir leurs membres de l'humidité eurent les pieds gelés ou endurèrent de profondes gerçures. Beaucoup furent envahis par les puces ou les poux ou contractèrent des rhumes et des pneumonies. Les obus qui éclataient sur les versants montagneux durs comme de l'acier criblaient d'éclats de rocher la tête et les yeux des hommes. Il n'y avait aucune possibilité de se soustraire à ce feu d'enfer. Des blessés sur leurs brancards trouvèrent la mort en attendant leur évacuation qui pouvait exiger près de huit heures en raison du terrain. Les morts restaient sur place pendant des jours et des cadavres eurent la gorge dévorée par des chiens errants.
La tension atteignit un tel degré que les chasseurs alpins autrichiens, arrivés du front de l'Est, auraient préféré, d'après leur chef d'unité, «retourner à quatre pattes en Russie» plutôt que d'affronter l'enfer d'un second Cassino.
Avant la première phase de la bataille de Cassino, les généraux alliés débordaient d'optimisme. Ils pensaient qu'une jonction entre les forces de Cassino et d'Anzio interviendrait en quelques jours, suivie d'une marche rapide sur Rome. Une note des renseignements de la Ve armée estimait que les Allemands étaient si épuisés «qu'il paraissait douteux que l'ennemi puisse tenir ses positions défensives devant Cassino contre une offensive coordonnée».
Un homme ne partageait cependant pas ce point de vue: le général Walker, commandant de la 36e division U.S. chargée du franchissement du Rapido. «Nous réussirons peut-être, mais je ne vois pas comment», écrivait-il dans ses carnets.
Les événements justifièrent ce pessimisme. Jetée au-delà du fleuve, la 36e division perdit 1681 hommes en 48 heures. Le 10e corps britannique réussit bien à établir une petite tête de pont au-delà du Garigliano, mais au prix de 4000 victimes. Quant à la 34e division U.S., elle perdit 2200 hommes en prenant pied dans les montagnes auprès de Cassino. Il fallut se rendre à l'évidence: la route de Rome ne serait pas facile.
soldat US à Cassino
sherman détruit à Cassino
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