A l'assaut de la montagne maudite

Et, Cassino, dans ses ruines, ne tombait pas

Les hommes de Freyberg étaient bien partis à l'attaque, comme prévu, selon leurs ordres et les plans.
Mais l'infanterie indienne, les fusiliers du Radjpoutana et les Gurkhas trouvèrent devant eux, en dépit des ravages du bombardement aérien et avec un retard considérable sur l'horaire initial, les crêtes menaçantes et les pentes célèbres des montagnes de Cassino — comme si rien ne s'était passé.
Moins de 70 mètres séparaient les assaillants des avant-postes allemands, qui les attendaient avec leurs armes légères, des grenades et leurs baïonnettes. Ils se firent décimer. Et dans la plaine du Liri, parmi les destructions accumulées, les régiments d'assaut néo-zélandais du général Kippenberger, un ancien combattant de la Somme en 1916 et qui allait perdre ses deux jambes dans la bataille de Cassino, devaient mettre plus de deux jours avant de commencer à avancer.
Dès lors, quand le soir tombait et que le vent se levait au milieu des décombres de Cassino, l'odeur de décomposition des cadavres alliés et allemands, que personne ne venait rechercher, se répandait à travers la campagne glacée, avec d'insidieux relents de malédiction.
Nuit après jour, semaine après semaine, mois après mois, les infanteries alliées partirent à l'assaut du mont Cassin, la montagne maudite.
Les ténèbres de cet hiver sanglant enveloppèrent les minces colonnes de soldats qui suivaient les sentiers, une ligne de rochers, guidées par les files de rubans blancs des précédents démineurs. Toutes, sans exception, furent refoulées et anéanties.
Les assaillants bondissaient. Ils atteignaient une pente, un abri dans le roc. Un pan de la vieille abbaye apparaissait entre les arbres déchiquetés ; les hommes se ruaient. Le vent de colère balayait leur marée.
Le lendemain, tout était à recommencer. Et Cassino, dans ses ruines, ne tomba pas.
néo-zélandais à Cassino en 1944
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