Pour ou contre la destruction de l'Abbaye

Je dis que ce fut une erreur...

Pour... Général Alexander
Détruire le monastère constituait-il une nécessité militaire ? Fut-ce une faute morale de le faire ?
A la première question, il faut répondre par l'affirmative. C'était nécessaire plus par l'effet produit sur le moral des assaillants que pour des raisons purement matérielles.
Au sujet de la seconde, je dirai ceci : quand des soldats se battent pour une juste cause, qu'ils sont prêts à mourir ou à subir des mutilations pour elle, on ne peut mettre en balance des briques et du mortier, si vénérables qu'ils soient, avec des vies humaines. Tout chef digne de ce nom doit tenir compte du moral et des sentiments de ses combattants; fait aussi important, ces combattants doivent nourrir une confiance totale en l'homme qui tient leur vie entre ses mains. Ce chef doit donc leur inspirer la certitude qu'il les engage dans les conditions les plus favorables qu'il est en son pouvoir de réaliser.
Dans le cadre de la bataille de Cassino, comment aurait-on pu permettre de subsister à un édifice dominant à ce point tout le champ de bataille Il fallait détruire le monastère. Cependant, tout fut tenté pour sauver la vie des moines et leurs trésors; d'amples avertissements furent donnés.
Contre...Général Mark W.Clark
Je dis que le bombardement de l'abbaye qui se dressait au sud-ouest de Cassino, sur le sommet de la colline, a été une erreur, et je le dis en pleine connaissance des controverses déchaînées par cet épisode de la campagne d'Italie.
Une lettre adressée par le ministère des Affaires étrangères américain au Sous-Secrétaire d'État du Vatican, le 13 octobre 1945, résume, au mieux, je crois, la position officielle. Il y est souligné que « les chefs alliés détenaient la preuve irréfutable que l'abbaye du mont Cassin se trouvait englobée dans le système défensif allemand ».
J'étais l'un de ces chefs et c'est moi qui dirigeais les opérations de Cassino. J'ai affirmé à l'époque que rien ne prouvait que l'ennemi utilisait l'abbaye à des fins militaires. Maintenant, je maintiens, et nous en avons la preuve certaine, qu'aucun soldat allemand, sauf des émissaires, ne pénétra jamais à l'intérieur du monastère dans un autre dessein que d'y soigner les malades ou de le visiter. Une fois la bataille engagée, le but touristique a cessé d'être un prétexte pour le parcourir. Le bombardement de l'abbaye fut non seulement une faute psychologique nuisible à notre propagande, mais encore une faute de tactique des plus graves. Il a rendu tout simplement notre tâche plus difficile, plus coûteuse en hommes et matériel et nous a fait perdre du temps.
Au matin de ce 15 février, lorsque commence le bombardement aérien, le Père abbé se trouve dans le musée d'histoire naturelle aux murs épais. Il a la vie sauve, ainsi qu'un certain nombre de ses moines, mais beaucoup de civils - de 100 à 300 selon les estimations - sont ensevelis sous les ruines du monastère.
Après le bombardement, un lieutenant allemand revient à l'abbaye et demande au Père abbé de certifier qu'aucun de ses compatriotes ne s'y trouvait au moment de l'attaque aérienne. Le Supérieur signe la déclaration suivante :
J'affirme qu'il n'y eut jamais de soldats allemands dans les enceintes du Saint monastère de Cassino; que trois représentants seulement de la police militaire y séjournèrent pendant quelque temps. Ils étaient là dans l'unique but de faire respecter la neutralité de la zone établie autour de l'Abbaye, mais il furent retirés il y a une vingtaine de jours.
Mont Cassin, 15 février 1944
Gregorio DIAMARE,
Evêque-Abbé du Mont-Cassin.
DIEBER,
Lieutenant.
Le 16 février, une violente action de l'artillerie détruit la plupart des bâtiments. Les plafonds s'effondrent ou menacent de le faire. Tenant en l'air un grand crucifix, le Père abbé, à la tête de ceux qui restent encore vivants, quitte les ruines du vieux monastère et descend la pente aux nombreux trous d'obus de ce mont où la mort est devenue chose si commune. Avec ceux qui le suivent, il réussit à atteindre un poste de Croix-Rouge à Colloquio. Pendant ce temps, la propagande allemande donne grande importance à la déclaration du Père abbé, qu'elle rend publique et les parachutistes de la mort, troupes fanatiques d'Hitler, rampent parmi les décombres poussiéreux de l'abbaye, afin de faire face aux attaques menées par l'infanterie de Freyberg.
Général Clark en Italie
Abbé grégorio Diamare
général Alexander à Cassino
suivant