Changement de tactique

363 appareils allemands abattus entre le 8 et le 18 août, contre 181 chasseurs anglais perdus en vol

Le 17 août, les Stukas, décidément trop vulnérables, sont retirés des forces d'attaque. Le 24, les Allemands changent de tactique. La proportion des bombardiers par rapport aux chasseurs diminue, mais les coups se concentrent sur les Sector Stations, postes de commandement de la bataille aérienne. Des centres nerveux du Fighter Command, sont mis hors de service. L'angoisse renaît à Bentley Priory, où Dowding manoeuvre ses réserves et alimente le combat. Il ne sait pas dans quelle mesure exacte il use la Luftwaffe, mais il sait trop dans quelle mesure son Fighter Command s'amenuise. Il constate que la comptabilité de la mort, la comparaison des avions abattus de part et d'autre, tend à se redresser en faveur de l'ennemi. Si l'attaque contre les Sector Stations continue avec la même intensité pendant une semaine, il devra replier le groupe n° 11 au nord de Londres. Cela signifie que les chasseurs anglais auront un temps d'intervention sensiblement plus bref et que le handicap que représente la traversée de la Manche pour l'aviation adverse sera compensé. Les Allemands ont trouvé le défaut de la cuirasse anglaise. Il suffit qu'ils continuent à frapper à la même place pour mettre la R.A.F. dans de graves difficultés.
Pour le commandement allemand, il devenait vital d'éliminer la R.A.F. avant la mi-septembre. A cet effet, il choisit de s'en prendre désormais à des objectifs situés à l'intérieur des terres. Il espérait pouvoir, au cours de cette nouvelle bataille, infliger à la chasse anglaise des pertes telles qu'elle serait anéantie dans les délais impartis, tout en étant conscient que les pertes allemandes allaient également augmenter du fait des longs survols du territoire britannique. Pour tenter de diminuer ses pertes et augmenter, au contraire, celles des Spitfire et des Hurricane, la Luftwaffe décida d'augmenter les effectifs d'escorte de ses bombardiers.

Entre le 24 août et le 6 septembre, les Allemands effectuèrent trente-trois grands raids dont plus des deux tiers contre les bases de chasseurs. Cet assaut mit les Anglais à plus rude épreuve encore que celui qui avait pris pour cible les objectifs côtiers. Les conditions de combat des pilotes anglais étaient plus difficiles qu'avant parce que les escortes des bombardiers étaient très nombreuses et opéraient en formations très rapprochées. Pendant toute cette période, un millier d'avions allemands en moyenne opéraient chaque jour au-dessus de l'Angleterre, dont 250 à 400 seulement étaient des bombardiers. A deux reprises, les 30 et 31 août, le nombre des avions allemands dépassa 1 500.
Au cours de ces combats et des raids de nuit qui s'ensuivaient, 380 avions allemands furent abattus contre 286 chasseurs anglais. De plus, de nombreux autres chasseurs avaient été endommagés, 103 pilotes tués et 128 blessés sur un effectif total de 1 000. L'usure de la chasse anglaise s'accentuait chaque jour et bien plus vite qu'au cours de la phase précédente. Les pertes en hommes et en matériel dépassaient de loin les capacités de remplacement. En un sens les Anglais étaient vainqueurs ; mais ils risquaient de perdre la bataille si les Allemands réussissaient à maintenir leur pression.

La carotte et le bâton
Goering tança ses pilotes fatigués. Les plus hardis, comme Galland, se défendirent. Ils étaient profondément choqués par ses reproches, et furent piqués au vif lorsque Goering osa traiter certains d'entre eux de lâches. Mais cette dureté produisit son effet. Ses remontrances suscitèrent chez ses hommes une sorte de rage qui dissipa leur lassitude, et leur combativité se trouva encore renforcée lorsque le Maréchal du Reich leur exposa l'action qu'il fallait maintenant entreprendre contre l'ennemi.
L'opération commencerait dans trois jours exactement, le 24 août, et l'objectif serait, ni plus ni moins, l'élimination totale de la puissance aérienne anglaise. Le temps des simples combats au-dessus de la Manche était révolu. Des formations massives de bombardiers fortement escortés par des chasseurs détruiraient non seulement les installations au sol de la R.A.F. mais aussi ses dépôts de carburant, ses usines et ses ateliers de pièces de rechange. L'attaque sur ces objectifs aurait lieu sans désemparer, ce qui obligerait ces maudits chasseurs insaisissables à sortir de leur repaire.

L'efficacité de la nouvelle stratégie
Au cours des jours suivants, les défenseurs britanniques prirent conscience de l'efficacité de la nouvelle stratégie de l'ennemi et de l'habileté de ses méthodes. Pour tromper les opérateurs radar, des formations de la Luftwaffe survolaient toute la journée la côte française, juste à portée des radards de la R.A.F. Il était impossible de prévoir le moment où l'une de ces formations s'orienterait soudain vers le nord et passer à l'attaque. Les bombardiers allemands bénéficiaient de la protection des Messerschmitt-110, ils se montraient remarquablement efficaces. Trop souvent, les pilotes anglais, rentrant à leur base après une rencontre, constataient que la Luftwaffe avait en leur absence détruit leur terrain.

bombardiers allemands pendant la bataille d'angleterre
pilotes allemands pendant la bataille d'angleterre
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