Le 15 septembre 1940

Les guetteurs de l'Observer Corps se souviendront tous du chant des oiseaux

Le cigare de Churchill
Un peu avant 11 heures, Churchill passe en curieux à Uxbridge, P.C. du groupe n° 11. Sir, intervient un officier, il est interdit de fumer. Le conditionnement d'air n'y résisterait pas et il y a un risque d'incendie. » De bonne grâce, Churchill jette son cigare, l'éteint du pied, sans se douter que le mégot en sera recueilli et encadré pour être, jusqu'à la fin des hostilités, le fétiche du P.C. Il regarde avec curiosité l'activité de « Operation Room », disposée comme un petit théâtre, avec une scène, un parterre et un balcon. Des batteries de lampes multicolores indiquent la position et le degré de disponibilité des escadrilles. Vingt-cinq jeunes femmes, des WACs en chemisier bleu, poussent des palets sur un immense plan directeur avec des râteaux de croupiers. Toute la défense de Londres est concentrée là.
Churchill allait se retirer quand un signal rouge le cloue sur place. Un téléphone parle. Une formation de « 40 plus » franchit la côte française vers Dieppe se dirigeant vers New-Haven. La bataille du 15 septembre est engagée.
Les anglais ont l'avantage
D'emblée, les Anglais ont l'avantage. Leurs forces sont en l'air quand l'ennemi franchit la ligne des rivages. Cinq escadrilles de Spitfire s'envolent de Canterbury, Douvres, Maidstone et encagent les chasseurs. Six autres escadrilles arrivant du nord de Londres les relaient. Les Me-109, au terme des vingt minutes qui leur sont permises au-dessus de l'Angleterre, font demi-tour. Abandonnés, les bombardiers paient un lourd tribut aux Hurricane, qui plus lents que les Spitfire, sont spécialement chargés de les découdre. Du sol, au-dessus de la campagne paisible, on voit scintiller les combattants comme des écailles dans le soleil et, quelquefois, un parachute descendre du ciel. Londres reçoit quelques bombes, mais rien de comparable au déluge de feu du dimanche précédent.
L'après-midi les Allemands reviennent en trois formations massives qui franchissent la côte entre Dungeness et Douvres. L'une est dissociée au-dessus de Canterbury. Les deux autres atteignent Londres et c'est au-dessus de la capitale même que la mêlée aérienne se déroule. Son avion endommagé par l'explosion du Dornier qu'il vient d'abattre, le sergent-pilote Holmes, dit Artie, termine sa descente en parachute en s'encastrant dans une poubelle derrière la gare Victoria. Cette fois, les bombes allemandes causent des dégâts sérieux. Un gazomètre d'East­ham explose dans un bouquet de flammes spectaculaire. Un central téléphonique est détruit. Westminster, Fleet Street, Buckingham Palace sont touchés. Mais le Fighter Command n'est pas dominé et, sur la route du retour, l'ennemi est encore attaqué par quatre escadrilles de réserve qui le poursuivent au-dessus de la mer.
Une rumeur de victoire
L'addition des pertes ennemies atteint un total phénoménal. Dans les rues incendiées de Londres, on crie comme une vengeance les éditions spéciales des journaux annonçant que l'ennemi a perdu 195 appareils. 195 contre 26, score admirable du match dominical. Cette fois encore, le chiffre est faux. Les pertes allemandes ne dépassent pas 60 appareils. Mais la rectification ne sera faite qu'après la guerre. Et c'est sur l'impression enivrante d'une victoire que s'achève cette journée.
churchill en 1940
duels aériens en 1940
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