Londres sous les bombes

Aucune ville n'eut à subir un bombardement aussi prolongé dans le temps

Le bombardement de Londres commence
Liverpool elle est attaquée à l'aide de bombes incendiaires qui lui causent de vastes dégâts. Le tour de Londres arrive le 7 septembre, à 5 heures de l'après-midi. La surprise est totale. Le groupe n° 11, attendant une nouvelle attaque contre les Sector Stations, s'est dispersé pour l'intercepter. Escortés par 600 chasseurs, 300 bombardiers franchissent les faibles barrages de la D.C.A. londonienne. Leur tir est dirigé surtout sur l'arsenal de Woolwich et sur les docks, ce qui ne per­met pas tout à fait de donner à ce bombardement du 7 septembre le nom de Terro­rangriff, mais les quartiers populaires voisins sont terriblement atteints. La nuit venue, une prodigieuse voûte de feu enjambe la Tamise, silhouettant d'une manière fantastique le pont et la tour, jetant dans les ruelles de la Cité des reflets qu'elle n'avait pas connus depuis le Big Fire de 1666. Cette torche gigantesque attire les bombardiers nocturnes, qui, édaignant le radioguidage n'ont qu'à aller déverser leur chargement sur le brasier.
L'hystérie de Göring
En fait, le bombardement de Londres, le changement d'objectif de la Luftwaffe constituent une erreur grave. Dowding le comprend tout de suite et la compassion qu'il éprouve pour Londres ne l'empêche pas de se féliciter du répit donné à ses Sector Stations. Dans le camp allemand, les deux commandants de flottes aériennes intéressées, Kesserling et Sperrle, le comprennent également. Ils essaient d'expliquer à Gôring qu'ils étaient en train de gagner leur bataille contre la R.A.F. et qu'on détruit leur chance en les détournant de leurs objectifs militaires pour punir Londres. Mais Goering est dans un état d'exaltation hystérique. Il va lui-même recueillir les récits des équipages rentrant de leurs missions et fait à la radio une rhapsodie néronienne sur Londres en flammes, qui choque jusqu'aux généraux allemands. A ses deux maréchaux, il explique que Hitler vient d'avoir un nouveau trait de génie en recourant à des bombardements de terreur qui dispenseront du risque d'un débarquement.
Sous leurs ailes, les équipages allemands voient les maisons serrées l'une contre l'autre, les grandes taches vertes des parcs, les places, les carrefours, les larges avenues et ce fameux U de la Tamise qui abrite les docks de Londres. La voilà, la ville, tant de fois vue et revue sur les cartes avant le départ et en cours de vol ! Elle est là, splendide dans le soleil déclinant, comme couronnée d'une brume de poussière et d'or.
Et les bombes pleuvent. Quand une vague a fini, une autre commence. A Silvertown, dans le périmètre maudit, un mur de feu encercle les habitants, les travailleurs des docks, les ouvriers. Il fait si chaud que les pavés de bois brûlent. Partout des malheureux déambulent, fuyant leur maison détruite, emportant des baluchons, trafnant des enfants.
Dans l'East End, les vieilles demeures victoriennes s'effondrent par rangées entières et flambent. Aux docks, on a fait venir les bateaux-pompes de la Tamise qui déversent des tonnes d'eau, mais le brasier est si puissant que la peinture s'écaille aux flancs des navires. Dans les entrepôts, bourrés de sucre, d'épices, de grains et d'alcools, c'est du vertige. Des milliers de litres de rhum forment un gigantesque punch. L'air sent la fumée et le grog. Des ruisseaux de feu courent le long des trottoirs. On évacue les sinistrés par eau. Trois cents tonnes d'explosifs et des milliers de bombes incendiaires allument des foyers à Poplar, à Limehouse, à Tower Bridge, à Tottenham, à West Ham... . Londres brûle !...
pompiers dans londres en 1940
londres bbombardée en 1940
enfants dans Londres bombardée
Un gigantesque punch
Et, soudain, le 7 septembre, les voilà ! Trois cents bombardiers escortés de six cents chasseurs qui passent au-dessus du Reichsmarschall en deux formations distinctes. Le bruits à force d'être terrifiant, n'existe plus. Il n'y a plus place que pour le regard. En face, les opérateurs de radar n'en croient pas leurs yeux : l'écran est envahi par deux immenses taches. A seize heures, le doute n'est plus possible : ce n'est pas un raid comme les autres. Les ordres partent vers les squadrons. Vingt-trois d'entre eux décollent.
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