Le jour de l'Aigle

Le 10 août, les trois Luftflotten étaient prêtes à lancer l'opération Adler (Aigle) qui devait chasser la R.A.F. du ciel de l'Angleterre du Sud

Echec de la première journée
En réalité, cette première journée est un échec. Farnborough n'a pas été touché. Les terrains attaqués ont été réparés en dix heures. La coordination des bombardiers et des chasseurs a été défectueuse. Les Allemands ont perdu 45 appareils, les Anglais 13, et 7 pilotes seulement. Toutes les faiblesses de la Luftwaffe dans l'assaut aérien contre l'Angleterre apparaissent d'ores et déjà. Les M109 ne peuvent rester que 20 minutes au-delà de la Manche. Les M 110 sont trop peu maniables pour se mesurer avec les Spitfire. Les Ju-87, héros des batailles de France, sont gênés par les barrages de ballons, vulnérables à une D.C.A. qui garde ses nerfs et livrés par leur lenteur à n'importe quel chasseur. Les Dornier, Heinkel, Junkers-88 n'emportent que 500 kg de projectiles et l'imperfection de leurs viseurs ne leur permet pas un bombardement de précision. Les victoires de Pologne et de France ont fait illusion, et elles continuent de le faire. Gôring et ses généraux ne comprennent pas encore que l'effet de surprise est épuisé et qu'ils s'attaquent maintenant à un adversaire muni des moyens de se défendre. Ils s'en tiennent aux promesses qu'ils ont faites à Hitler : la chasse britannique sera détruite en deux semaines...
Le 13 août 1940
La véritable offensive du Jour de l'Aigle commença par une attaque de bombardiers, escortés de chasseurs, sur des objectifs situés dans le Sud de l'Angleterre. Les Allemands lancèrent 150 bombardiers, escortés de Me-109, contre Southampton, le grand port de la Manche. Quatre groupes de chasse de la R.A.F. vinrent à leur rencontre.
La force de bombardement comprenait des Stuka et des bimoteurs Junkers-88. Ces derniers figuraient au nombre des bombardiers moyens les plus rapides et les plus modernes de la Luftwaffe. Seuls les chasseurs Bleinheim surveillaient les Junkers en direction de Southampton. Les Junkers prirent les Bleinheim à partie, en endommagèrent plusieurs et, s'étant ainsi frayé un chemin, allèrent bombarder le port, détruisant et incendiant une importante superficie de bassins et d'entrepôts.
Les Stuka eurent moins de chance. Ils se heurtèrent aux Spitfire; 13 Spitfire volant à haute altitude dans le ciel au-dessus de la Manche plongèrent sur l'escorte de Me-109, descendant l'un d'eux au passage, puis s'acharnèrent sur un groupe de 40 Stuka. Les Spitfire étaient avantagés par le soleil, aussi les Stuka n'eurent-ils aucune chance: la R.A.F. abattit 9 d'entre eux, en endommagea plusieurs et contraignit les autres à larguer leurs bombes et à se disperser.
Les Allemands n'étaient pas en reste de vantardise. Bien que le Jour de l'Aigle n'eût commencé qu'au milieu de l'après-midi, ils n'en avaient cependant pas moins effectué 1 485 sorties contre 700 à la R.A.F. En rentrant à leurs bases respectives, les équipages de la Luftwaffe se targuèrent d'avoir attaqué avec succès six aérodromes, détruit au sol des dizaines d'avions, anéanti plusieurs petites usines et paralysé le port de Southampton.
Goering se réjouissait du nombre d'appareils que ses hommes prétendaient avoir abattus. Cette nuit-là, le haut commandement allemand annonça dans son communiqué que la Luftwaffe pouvait s'enorgueillir de la destruction de 88 chasseurs anglais, 70 Spitfire et Hurricane et 18 Bleinheim. La Luftwaffe déplorait seulement la perte de 12 appareils. Le Reich, au comble de la joie, donna l'ordre de servir le champagne dans tous les mess de pilotes de la zone de combat. Les services de renseignements péchant par excès d'optimisme, le Maréchal ignorait les pertes réelles du Jour de l'Aigle, évaluées à 13 chasseurs pour la R.A.F. contre 23 bombardiers et 11 chasseurs pour la Luftwaffe.
Les camarades disparus
Dans le Sud de l'Angleterre, la situation au 15 août, au sol et dans les airs, devenait difficile pour les Britanniques. Les Stuka, les Heinkel et les Ju-88 effectuaient un va-et-vient systématique au-dessus de la Manche, bombardant les aérodromes de la R.A.F. Sur plus de 300 kilomètres de côtes, il n'y avait pratiquement pas un coin de ciel calme.
Jamais on n'avait vu pareille journée, et jamais on n'en reverrait de semblable, du moins en fait de combats aériens. Ce soir-là, après la bataille, lorque les pilotes épuisés rentrèrent à leurs bases, la Luftwaffe comptait 1 780 sorties. Les Allemands prétendaient avoir mis hors-service 12 bases de la R.A.F., et détruit dans les airs 99 appareils britanniques. De leur côté, la R.A.F. assurait avoir détruit 182 avions de la Luftwaffe au cours de ses 974 sorties. Cette fois encore, on exagérait de part et d'autre. La R.A.F. avait perdu, en fait, 34 avions et non 99, et la Luftwaffe 75 et non 182. Mais, dans les deux camps, on avouait être très impressionné par l'étendue des pertes en appareils et en pilotes. Parmi les avions allemands abattus, nombreux étaient ceux dont l'équipage comprenait trois ou quatre hommes; en revanche, la plupart des avions anglais étant des monoplaces, la R.A.F. n'avait eu que 17 morts et 16 blessés.
Dès la troisième semaine d'août, ce fut réellement l'été. Les pilotes de chaque camp commençaient à vivre une vie étrange. De l'aube au coucher du soleil, ils erraient sur le terrain, dans l'attente du signal d'alerte qui leur indiquerait qu'ils devraient s'apprêter à décoller. Après avoir rapidement satisfait leurs besoins naturels à côté de leurs avions, ils s'envolaient pour une rencontre avec l'ennemi qui durait rarement plus d'un quart d'heure. Mais, au cours de ces quinze minutes, un homme pouvait jouer sa vie, être carbonisé, perdre un bras, finir dans la mer, ou atterrir triomphalement pour annoncer une victoire. Les pilotes de la R.A.F. estimaient qu'il était inconvenant de pleurer les camarades disparus ou d'avouer leur peur; en apparence, ils avaient tendance à prendre les choses à la légère. La nuit venue et le combat terminé, ils se rendaient à Londres, allaient au spectacle ou dans une boîte de nuit, ou partaient retrouver une jolie W.A.A.F.
Les pilotes de la Luftwaffe basés dans le Nord de la France trouvaient les habitants distants, sinon hostiles. Ils restaient entre eux. Contrairement aux Anglais, ils pleuraient cérémonieusement le camarade disparu. A table sa place restait vide, et ils lui portaient un toast d'adieu. Sinon ils vivaient bien, bénéficiaient de la meilleure cuisine française et disposaient à profusion des excellents vins de France.
jour de l'aigle
pilotes anglais pendant la bataille d'Angleterre
pilotes de la luftwaffe pendant la bataille d'angleterre
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