Les duels aériens

L'incroyable courage d'une poignée de pilotes

Des pilotes morts de fatigue
A sept heures, l'alerte fait bondir les pilotes anglais. Dès lors, et jusqu'à la nuit, ils ne cesseront plus de monter. Certains décolleront ou atterriront six fois. Les hommes sont morts de fatigue, les yeux rougis, les mains tremblantes. Alan Deere, l'un des plus prestigieux as de cette bataille, se souvient d'un jeune pilote de Spitfire qui, émergeant avec peine de son appareil endommagé, apprit qu'il fallait repartir tout de suite. Il semblait préoccupé, il cherchait partout. Finalement, il découvrit une balle perdue qui s'était logée entre son cou et le col de sa chemise s. A force d'être trop sollicités, les nerfs de certains commençent à lâcher.
Galland un autre grand chasseur allemand, celui qui, à l'époque, totalise le plus grand nombre de victoires, est, à son tour, invité par Goring. Gôring se tourne vers Galland : Quel désir avez-vous à formuler ?
Donnez-nous des Spitfire, monsieur le maréchal, et nous vous terminerons ce boulot. « L'instant d'après, écrit Galland, je me mordis la langue. Trop tard. Le mot était lâché. Je m'attendais à une explosion de colère. Gôring se détourna et partit en grommelant. »
Les chances de survie
Au début, la bataille dans le ciel de la Manche parut se dérouler exactement comme le souhaitaient les Allemands. Au quartier général de la Luftwaffe, on se frottait les mains, et l'ordre fut donné d'intensifier les attaques pendant que les Anglais en étaient encore à faire l'apprentissage des sinistres réalités du combat aérien.
Ces derniers apprirent vite! Page ne fut pas le seul grand brûlé que l'on dut diriger sur un hôpital de chirurgie plastique. Tirant la leçon des vides qui se formaient dans les rangs de la R.A.F., le commandement révisa d'urgence sa façon de penser. En peu de jours, les pilotes renoncèrent aux formations serrées et essayèrent une nouvelle tactique, reprenant à leur compte plusieurs méthodes de la Luftwaffe. Finalement, la R.A.F. commença à voler en formation dite à quatre doigts, un avion se trouvant à l'extrémité de chacun des doigts écartés d'une main imaginaire. Cette technique mit fin à la rigidité des formations antérieures et renforça les chances de survie des Anglais face aux Allemands.
L'iprudence de Deere
Galland survolait la Manche, seul dans son Me-109. Dès qu'il apercevait une patrouille anglaise, il évoluait dans ses parages, mais juste hors de portée, jusqu'au moment où l'un des appareils se séparait de son groupe pour attaquer. Il faisait alors immédiatement demi-tour en direction de la France, tout en restant à distance respectueuse de ses poursuivants. Simultanément, il envoyait un message radio à deux de ses jeunes pilotes qui avaient pris l'air et attendaient impatiemment au-dessus de la côte française.
D'après Galland, «dans bien des cas, l'Anglais ne pouvait pas résister à la tentation. Selon toute évidence, il croyait que je ne l'avais pas vu et que, de ce fait, je n'essayais pas de lui échapper. Il persistait dans l'espoir que la mise à mort serait facile, et tombait dans le piège tendu par mes hommes.»
C'est ainsi que, par deux fois, Alan Deere, l'un des plus brillants pilotes de Dowding, perdit son Spitfire et frôla la mort. Il poursuivit un Me-109 jusqu'à la côte opposée de la Manche, et comprit seulement qu'il avait été dupé en voyant le pilote ennemi «mettre son avion pratiquement à la verticale et piquer sur l'aérodrome que je reconnus alors, dit-il, comme étant celui de Calais-Marck», l'une des principales bases de chasseurs de la Luftwaffe. Deux autres Me-109 tentèrent immédiatement de lui couper la retraite, alors qu'il rentrait au bercail à plein gaz en rasant l'eau et en [se] traitant de véritable idiot.
Deere ne dut son salut qu'à sa parfaite maîtrise et à sa grande expérience du combat. Il fonçait vers l'Angleterre, escorté par les deux chasseurs qui l'attaquaient de chaque côté à tour de rôle. Il les obligeait à s'écarter en se retournant brusquement tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre, reprenant sa direction pendant qu'ils se reformaient. Il était en vue des falaises de Douvres quand l'un des Me-109 toucha son tableau de bord, son cockpit et son réservoir. Sa montre fut également arrachée de son poignet, mais il ne s'en rendit pas compte immédiatement.
Lorsque les appareils de la R.A.F. arrivèrent pour le couvrir et donner la chasse aux deux Me-109, le Spitfire de Deere était en flammes. Celui-ci parvint à le renverser et à sauter en parachute, ce qui lui valut un poignet cassé. Mais, avec sa chance habituelle, il atterrit dans un champ à cinquante mètres d'une ambulance de la R.A.F. arrêtée par hasard sur une route voisine; le chauffeur et son assistant déjeunaient.
duel aérien sur la manche en 1940
pilotes de la RAF en 1940
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