La tradition du sacrifice et de la mort volontaire

Les volontaires étaient dix fois plus nombreux que les avions disponibles

Le haut état-major japonais était maintenant convaincu de l'efficacité des Tokkôtai et l'empereur Hiro-Hito acceptait le discours assurant que ces garçons de vingt ans allaient « mourir heureux et fiers pour lui et pour la victoire ». Les volontaires étaient dix fois plus nombreux que les avions disponibles. Le point de vue officiel de la marine américaine sur la nouvelle tactique tenait en une phrase : « Diabolique mais efficace, particulièrement bien adaptée aux circonstances, soutenue et stimulée par une puissante campagne de propagande ». Et cette efficacité ne laissait pas d'inquiéter, à tel point qu'aux Etats-Unis, le black-out sur les attaques-suicides sera maintenu jusqu'en avril 1945. L'approche américaine de la question militaire et technique était d'une rigueur absolue, par contre les psychologues américains s'égaraient lorsqu'ils prétendaient analyser la pensée et le comportement des kamikazes... qui sont devenus une énigme pour la jeunesse japonaise d'aujourd'hui. Tous les témoignages concordent : leur engagement n'était ni suscité par un « lavage de cerveau », ni dicté sous la contrainte.
Il s'agissait là d'une décision pensée, réfléchie, prise en toute liberté, appuyée par une « démarche spirituelle » nourrie de l'esprit du shintô (promu religion nationale), associé à la divinisation de l'empereur et au bushido (voie du guerrier), voire à l'une des écoles de la sagesse bouddhique. Avec néanmoins des références aux vieux mythes remis au goût du jour par les militaristes et les ultra-nationalistes du gouvernement. Par exemple celui d'Amaterasu Omikami, déesse du soleil et origine de la dynastie impériale, mobilisée comme patronne des kamikazes. Enfin et surtout, la tradition du sacrifice et de la mort volontaire choisie et non subie exerçait encore sa fascination. Maurice Pinguet écrivit : « Les pilotes savaient qu'ils mourraient tôt ou tard dans un combat inégal, mieux valait choisir une mort plus prompte, mais plus efficace. Ces hommes ne se promenaient d'ailleurs aucune récompense, aucun paradis, bientôt ils ne se promirent même plus la victoire. Rien n'émoussait pour eux le tranchant de la mort »
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