Les Kamikazes... Abandonnés dans la débâcle

Dupés, manipulés, sacrifiés

Le 15 août 1945, ils écoutèrent debout, tête baissée, écrasés, incrédules, l'empereur Hiro-Hito annoncer la capitulation. Rendus à la vie civile, beaucoup développeront durant un temps plus ou moins long un complexe de culpabilité de n'être pas allés au terme de leur engagement et de devoir survivre aux 4 615 pilotes kamikazes qui avaient rejoint les dieux.. Maintenant, ils étaient des milliers que la défaite plongeait dans le désarroi ou le désespoir et qui ne parvenaient plus à donner un sens au mot « avenir ». Leurs inspirateurs avaient souvent choisi le suicide, beaucoup les imitèrent. Le 15 août, l'amiral Ugaki, commandant de la ve Flotte à Kyushu, s'envola vers Okinawa accompagné par une dizaine de pilotes-suicide, et, avant de disparaître, transmit un dernier message dans lequel il se disait « ... convaincu plus que jamais de l'éternité de l'Empire et de l'exaltation sans cesse renouvelée de l'esprit des kamikazes. »
Comme le prévoyait l'acte de capitulation, la démobilisation des forces années japonaises s'effectua en six semaines dans l'archipel nippon. Plusieurs milliers de kamikazes furent ainsi renvoyés dans leurs foyers, abandonnés dans la débâcle de l'ordre social jusqu'alors dominé par les guerriers, au milieu de l'effondrement du monde mental dans lequel avait vécu le peuple japonais.
Les « héros » avaient vite compris que les chefs leur avaient menti, qu'ils avaient été dupés, manipulés, sacrifiés. Marqués par leur terrible familiarité avec la mort, les kamikazes transformèrent souvent leur amertume en fureur contre ce qui avait gâché leur jeunesse, l'institution impériale et familiale, les conceptions religieuses, idéologiques, étatiques, militaristes, réunies sous le nom de kokutaï que les Américains s'étaient engagés à respecter. Dans les années 1946-1948, certains rejoignirent le parti communiste, d'autres furent séduits par le nihilisme. Et les nostalgiques de la vie collective et de l'encadrement s'agrégèrent à des groupes de toutes tendances politiques, parfois aux bandes de pillards ou de malfaiteurs qui connaissaient leur âge d'or à cette époque. Leur réintégration au conformisme social s'effectuera sans bruit à partir de 1951 grâce au miracle économique japonais. Les kamikazes auréolés de gloire de 1945 feront carrière dans les sociétés Sony, Honda, Denzu ou autres...Ils sont aujourd'hui des retraités sereins qui parlent peu des fantômes du passé
la débacle des kamikazes
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