Le culte des héros

Plutôt la mort que la reddition

Au Japon, des actes suicidaires étaient souvent accomplis à titre individuel par des soldats bardés d'explosifs qui s'élançaient vers les positions ennemies, par des aviateurs engagés dans de grandes batailles aéro-navales, ou encore à Saipan avec la charge banzaï dans l'esprit « plutôt la mort que la reddition ». Les Américains les mettaient alors au compte du « fanatisme ».
Les chefs militaires japonais n'ignoraient pas que le temps travaillait contre eux et que la supériorité écrasante de la production de guerre américaine menait irrémédiablement à la défaite du Japon comme à celle de l'Allemagne hitlérienne. Sauf intervention d'armes nouvelles qui renverserait la situation... Dans tous les pays en guerre, des hommes de science jouaient en effet aux apprentis sorciers, entre autres dans la fabrication d'une bombe atomique. Mais ceux de Los Alamos aux Etats-Unis avaient une confortable avance sur leurs « concurrents » allemands d'Hechingen et a fortiori japonais du centre nucléaire de Hungnan en Corée du Nord. On en verra le résultat à Hiroshima et Nagasaki. Le rêve japonais de porter la guerre sur le sol américain s'était traduit par le lâcher de 9 000 ballons de dix mètres de diamètre, emportant une charge explosive et incendiaire de 90 kg, poussés vers l'est par les vents dominants qui atteignaient 300 km/heure au-dessus de 10 000 m d'altitude. Environ un millier avait atterri aux Etats-Unis en ne provoquant que des incendies de peu d'ampleur. La hantise était leur éventuelle utilisation dans la guerre bactériologique dont les recherches de l'unité 731 du général Ishiii Shiro auraient été très avancées. Plus modestement, les ingénieurs japonais s'étaient inspirés de la « torpille humaine » italienne dite « Maiale » chevauchée par deux nageurs de combat qui se dégageaient après avoir fixé sur la coque du navire ennemi la charge explosive à allumage retardé.
L'engin japonais, opérationnel en avril 1944, portait le nom de kaiten (retour au ciel) et implicitement ne prévoyait pas la survie des hommes-grenouilles dits fukuryu (dragons rampants). L'opération du 19 novembre 1944 par la première équipe de cinq hommes-torpilles baptisée kikumizutai (chrysanthèmes d'eau) amenée par trois sous-marins porteurs en rade de l'île Ulithi entre les Mariannes et les Palau fut un échec. En janvier 1945 une seconde opération contre des navires américains à Guam enregistra de si modestes résultats que les kaiten furent abandonnés. Comme le seront les vedettes-suicide Shinyo (remueur d'océan) qui filaient 30 noeuds avec deux tonnes de TNT à l'avant.
L'efficacité était à rechercher ailleurs. La supériorité aéro-navale américaine était évidente, mais depuis plusieurs mois les pilotes de la marine impériale parlaient froidement d'attaques-suicides contre les navires de guerre américains comme riposte pour rétablir l'équilibre des forces. Le commandant de la base de Tateyama avait alors suggéré à l'amiral Ito de les organiser et de les officialiser. L'idée n'avait pas été retenue mais elle faisait son chemin dans les esprits.
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