Un village souterrain

Un système de tunnels et de salles ventilées

Comme l'amiral IsorokuYamamoto et le princeYasuhiko Asaka, Kuribayashi est l'un des rares officiers supérieurs à avoir une bonne connaissance des États-Unis et de leur capacité industrielle. À l'image de ceux-ci, il demeure très sceptique quant à la justesse de la guerre contre l'Occident. « Les États-Unis sont le dernier pays au monde que le Japon devrait combattre », écrit-il d'ailleurs dans une lettre à sa femme alors qu'il prépare la défense de l'île. La sélection pour une bataille aussi cruciale de cet ancien délégué militaire à Washington, dont le seul fait d'armes a été accompli au titre de chef d'état-major de la 23' Armée lors de la brutale invasion de Hong Kong, suscite d'ailleurs plus de questions que de réponses de la part des membres de l'Armée et de la Marine.
Conscient que cette mission sera vraisemblablement sa dernière, Kuribayashi décide avant même son arrivée sur l'île d'utiliser la stratégie du fukkaku. Cette tactique d'embuscade, initiée en mai 1944 à Biak, adoptée par le Daihonei et planifiée pour la défense de Peleliu, est une variante du gyokusai qui consiste à se cacher pour résister jusqu'à la mort à l'ennemi au lieu de se jeter devant lui en charge suicide.
Dès son arrivée en juin, le lieutenant-général se montre fidèle à sa réputation de marginal. Afin de maximiser l'efficacité du fukkaku, il décide de concentrer toutes les défenses dans le sol même de l'île. C'est que celle-ci est fréquemment bombardée par la marine américaine, bénéficiant du champ libre autour de l'atoll, dans les airs comme sur mer. L'hécatombe de Saipan, où la défense des plages s'avère futile, lui fournit d'ailleurs une justification inopinée.
En conséquence, alors que son prédécesseur prévoyait la construction de casemates et le positionnement de pièces d'artillerie tout le long de la plage, Kuribayashi choisit d'assurer cette défense par le biais de pièces cachées dans le mont Suribachi et dans les monticules au nord de la piste d'atterrissage de Chidori, sur le plateau de Motoyama. Cette décision est mal acceptée par les officiers de la marine avec qui doit travailler le lieutenant-général et, en signe de compromis, il accepte à contrecoeur de faire construire les casemates et de consolider les lignes de défense des plages en plusieurs points.
Déterminé à prendre toutes ses distances à l'égard de la stratégie adoptée à Saipan, il choisit d'autre part de faire évacuer les civils de l'île plutôt que de les forcer à commettre le gyokusai comme cela avait été le cas pour plusieurs milliers d'entre eux. Il refuse de plus la présence des habituelles ianfu (« femmes de réconfort ») pour ses troupes.
Suivant les directives de Kuribayashi, une équipe d'ingénieurs dépêchés par Tokyo élabore un système de tunnels et de salles ventilées, creusées à même la pierre volcanique, ainsi que des fortifications de béton faites à partir de sable volcanique et de ciment.
Le lieutenant-général rapatrie parallèlement en juillet et en août les 5 000 hommes en poste à Chichi Jima et les 2 700 autrefois destinés à la défense de Saipan. Ceux-ci sont bientôt rejoints par 3 449 hommes de la marine et du génie naval. En septembre 1944, la défense d'Iwo Jima est donc assurée par 21 212 combattants.
Chaque soldat doit consacrer 70% de son temps à l'entraînement et 30% aux travaux de défense. Compte tenu de l'importance du projet, le quart de ces hommes est assigné au creusage du réseau souterrain dont les plus grandes pièces doivent être en mesure d'accueillir au moins trois cents personnes. La date de complétion des travaux est fixée au 11 février et les conditions de labeur, déjà difficiles en raison des délais impartis, sont aggravées par la chaleur accablante de 30 à 50°C et la nécessité pour les ouvriers de porter des masques à gaz pour se protéger des émanations de soufre.
Le poste de commandement de Kuribayashi est établi dans la partie nord de l'île, à 20 mètres sous terre, pendant que la plus grande salle du réseau, réservée au quartier des communications, fait 20 mètres sur 50. Le plan original prévoit un réseau total de 27 km de tunnels, dont 18 seront achevés lors du débarquement ennemi.
Kuribayashi à iwo jima
Kuribayashi-1944
grotte-iwo jima-Kuribayashi
suivant