Un vaste labyrinthe

Chaque défenseur avait juré de tuer dix marines avant de succomber

Tout, collines, vallées, gorges, escarpement avait été transformé en un vaste labyrinthe d'organisations défensives. Dans une bande de un kilomètre de long sur 200 mètres de large, on ne compta pas moins de 800 épaulements de tir ou fortins. Des collines entières avaient été creusées et abritaient des centaines de défenseurs ; chacun d'eux avait juré de tuer dix marines avant de succomber. Les marines n'avaient jamais rien vu de tel. Un officier de renseignements décrivit ainsi l'opération :
• L'adversaire reste enterré dans son fouillis de souterrains pendant toute notre préparation d'artillerie. Dès que le tir se lève, par les ouvertures non détruites, hommes et armes jaillissent, souvent à 50 mètres de nos premiers éléments. Quand nos troupes avancent, l'ennemi lâche sur elles tout le feu dont il peut disposer, fusils, armes automatiques, mortiers. Quand il a causé suffisamment de pertes pour clouer au sol les assaillants, il se retire par ses tunnels, laissant parfois en couverture quelques servants de mitrailleuses ou de mortiers. Pendant ce temps, nous avons effectué une concentration de feu d'artillerie, de mortiers et de roquettes. Nos chars se mettent de la partie, soutenus par l'infanterie. Quand ce point chaud est enlevé, nous trouvons une poignée de Japonais tués, au maximum quelques armes. Pendant ce temps, l'ennemi a répété le processus ailleurs... »
Dès lors, les opposants s'enlisent dans une guerre d'usure, dont l'issue n'échappe pas aux troupes impériales. Convaincu qu'il s'agit de son dernier combat, chaque soldat est déterminé à entraîner avec lui le maximum de kichiku avant de devenir un dieu protecteur de la nation. Il a d'ailleurs été avisé que tout homme qui serait fait prisonnier verrait son registre familial (koseiki) marqué d'une mention l'identifiant pour la postérité comme étant un couard.
Néanmoins, au fil des jours et des semaines, le moral s'étiole et la cohésion hiérarchique des premières heures s'effrite au rythme des pertes. L'approvisionnement en eau devient la préoccupation essentielle de chacun. Les soldats shôwa établissent des règles sur le volume des gorgées auxquelles ils ont droit et décident de laisser mourir les blessés. Ceux qui se déplacent développent des techniques pour éviter que l'eau contenue dans leur gourde ne fasse du bruit afin de ne pas être assaillis par leurs compagnons d'infortune.
Les hommes se retrouvent isolés en petits groupes sans contact les uns avec les autres et lorsqu'ils dénichent des abris souterrains, ils se heurtent aux gardes de service. Afin d'épargner les maigres vivres conçues au départ pour un siège de six semaines et entamées depuis janvier, les officiers décrètent la consigne du kirikomitai voulant qu'aucun membre d'une autre escouade ne puisse pénétrer dans les abris défendus et que les soldats qui les quittent n'aient plus le droit d'y revenir sous peine d'être abattus.
Le supplice prend fin brutalement lorsque les refuges sont inondés à l'eau salée et à l'essence ou investis par les lance-flammes et les grenades ennemis. D'autres sont simplement murés par des remblais de sable et de ciment, laissant aux soldats suicide comme seule alternative.
Ce n'est qu'à J + 25 que les marines purent déclarer que toute résistance organisée avait cessé sur Iwo Jima, mais même alors, le nettoyage se poursuivit jusqu'à J + 34 .. Dans la nuit du 25 au 26 mars, les marines purent observer la dernière convulsion de désespoir des forces japonaises : une attaque banzaï de 300 hommes contre un bivouac. Elle n'eut aucun effet.
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