Un barrage mortel

La plus coûteuse opération de l'histoire des marines venait de commencer.

Au jour J , le 19 février, l'aube éclaira 450 navires américains de la Ve flotte rassemblés au large de l'île, la plus grande concentration de navires jamais vue jusque-là dans le Pacifique. Et autour de ces navires se pressaient les 482 L.V.T. (A) bourrés de troupes qui transportaient les huit bataillons de marines jusqu'au lieu de combat. Les navires de ligne s'approchèrent à moins de 1 000 mètres avant d'ouvrir le feu. Le bombardement aérien commença alors et la marine, pour la première fois dans le Pacifique, déclencha un barrage roulant. La première vague, 68 L.V.T. (A), s'aligna en bataille. A courts intervalles, une de ces vagues entreprenait sa course sur les 3 500 mètres qui la séparaient de la plage. Si tout se déroulait comme prévu, les sept premiers bataillons de marines seraient à terre en quarante-cinq minutes.
A 9 h 02, la première vague de marines atteignit la plage, la 5e division à gauche, la 4e à droite, et, pendant les premières minutes, rendit compte d'une résistance légère et d'un feu japonais désordonné. Aurait-on exagéré l'importance des organisations défensives ? Le bombardement préparatoire aurait-il été pleinement efficace ? Cela semblait trop beau. Puis, vingt minutes plus tard, le feu meurtrier de toutes les armes japonaises — toute l'artillerie et les mortiers si précisément repérés avant l'action — tendit un barrage mortel. Les marines, maintenant à 200 ou 300 mètres à l'intérieur, furent cloués au sol. Les armes légères se mirent alors de la partie, tirant de points d'appuis souterrains, de buttes de sable en apparence inoffensives, de partout semblait-il. La plus coûteuse opération de l'histoire des marines venait de commencer.
Le plan des Japonais était habile, mais il comportait une grave erreur. Ils avaient permis aux marines de débarquer avec tout leur équipement. A 10 h 30, les éléments des huits bataillons étaient à terre et les gros L.S.M. suivaient avec les chars, les bulldozers et l'artillerie. A la fin de la journée, 30 000 marines étaient à terre et, bien que leurs pertes fussent très élevées, ils savaient qu'ils ne seraient pas rejetés ; ils étaient maîtres de la partie la plus étroite de l'île. A la fin du deuxième jour, ils étaient arrivés au pied du Suribachi.
debarquement que iwo jima en 1945
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