Kohima eut ses héros

C'est à Kohima que la victoire a été remportée...

Kohima eut ses héros. Un simple soldat du nom de Williams, mineur dans le civil, qui avait perdu son fusil dans un corps à corps, attaqua une section ennemie avec une pelle. Le sergent-major Haines, aveuglé par le sang qui lui coulait d'une blessure au crâne, refusa de se laisser soigner; s'aidant d'un bâton et guidé par un jeune soldat, il revint en première ligne et ne cessa d'encourager ses hommes et de les exhorter au combat jusqu'au moment où il tomba sous les balles d'un tireur isolé.
Armé d'un fusil, baïonnette au canon, le soldat de première classe John Harman gravit seul une hauteur pour attaquer un emplacement de mitrailleuse, tua les cinq servants et brandit l'arme comme un trophée sous les acclamations de ses camarades. Méprisant le tir violent de l'ennemi, il redescendit tranquillement, sans jamais courir, vers les lignes anglaises. A mi-coteau, il s'écroula, frappé d'une balle dans la colonne vertébrale. Il eut le temps, avant de mourir, de déclarer fièrement à ses camarades: «Je les ai eus tous, ça en valait la peine!»
Les combats les plus acharnés se déroulèrent dans un cadre inhabituel, un élégant terrain de tennis bien entretenu, situé sur une hauteur stratégique au-dessus du bungalow du vice-commissaire britannique.
Dans la nuit du 8 avril, les Japonais s'élancèrent par vagues successives à l'assaut du court. Ils prirent position à l'une des extrémités, face aux défenseurs retranchés à l'extrémité opposée. Les grenades volèrent d'un camp à l'autre, comme naguère les balles de tennis. La partie se poursuivit, en plusieurs sets indécis, pendant toute la journée du lendemain. La victoire resta finalement aux Anglais.
Après huit jours de siège, la garnison manqua d'eau, de munitions et de fournitures médicales. Le 13 avril — la «journée noire du 13» dirent plus tard les survivants — des avions tentèrent de leur parachuter des approvisionnements. Ils manoeuvraient avec peine entre les versants escarpés sous le feu nourri des Japonais postés sur les hauteurs. Le périmètre était maintenant si exigu que la plupart des parachutes tombaient dans les lignes ennemies.
Ils larguèrent au-dessus de la 161e brigade de la 5e division indienne les obus de mortier destinés aux assiégés, et ceux-ci, qui ne possédaient pas de canons, reçurent les gros calibres destinés à la 161e brigade. Les Japonais disposaient de mortiers qu'ils avaient pris aux Anglais; ils s'empressèrent de les pointer contre eux après avoir récupéré les munitions appropriées, tombées à l'extérieur du périmètre. Le même jour, leur artillerie frappa de plein fouet l'antenne médicale de Kohima, tuant ou blessant de nouveau quarante hommes, parmi lesquels deux des trois médecins de la garnison.
Le 15 avril, après un violent engagement dont l'issue resta longtemps incertaine, l'ennemi enleva une hauteur stratégique au sud-est de la ville et s'empara la nuit suivante d'une autre colline surplombant Kohima. Il occupait désormais des positions d'où il menaçait les Britanniques sur les trois côtés du triangle où ils étaient retranchés.
Le même jour, la 161e brigade, soutenue par des éléments de la 2e division récemment arrivés du sud de l'Inde, lançait du nord-ouest une attaque en direction de Kohima. Les Japonais résistèrent avec fougue.
Le 18 avril à l'aube, comme les défenseurs se préparaient à soutenir l'assaut final, des Punjabi de la 161e brigade effectuèrent une percée et entrèrent dans la ville. Malades et blessés furent évacués et, deux jours plus tard, la 6e brigade de la 2e division relevait la garnison.
Le siège avait coûté aux défenseurs 600 morts et blessés. Un véritable charnier s'offrit aux regards horrifiés des troupes de relève. «Le sol était labouré par les obus, rapporte le commandant d'artillerie John Nettlefield, et les cadavres pourrissaient tandis que la bataille faisait rage. Les mouches pullulaient et proliféraient à une cadence inouïe. Dans les tranchées qu'ils creusaient, les hommes vomissaient, tant la puanteur était insupportable. Elle imprégnait tout, l'atmosphère, les vêtements et jusqu'aux cheveux.»
Quelques heures après l'arrivée des Punjabi, la fusillade reprit sur le court de tennis. La bataille entrait dans sa seconde phase, qui selon les mots de Slim, «allait être tout aussi acharnée que la première».
Les Japonais occupaient toujours des positions stratégiques au nord et au sud de Kohima. Les Britanniques ne parvinrent à les en chasser qu'avec l'aide des renforts venus de l'Arakan. C'est alors que se décida, une fois pour toutes, l'issue de la bataille. Les troupes anglaises se ruèrent sur les arrières de l'ennemi au sud de Kohima et s'emparèrent d'un noeud de communications d'importance vitale.
Dans leur action, ils furent aidés et guidés par les montagnards des tribus nagas qui transportaient les approvisionnements, tendaient des embuscades et ramenaient les blessés sous le feu le plus violent. Slim leur rendit plus tard un juste hommage en soulignant que «malgré le fouet, la torture, la mort et la destruction de leurs villages, ils se refusaient à aider les Japonais de quelque manière que ce fût ou à trahir les troupes britanniques».
Au début du mois de juin, Slim était en mesure de signaler que, dans la zone de Kohima, l'ennemi «se débandait et se retirait tant bien que mal ».
birmanie 1944
bataille d'imphal en 1944 en birmanie
morts japonais en birmanie en 1944
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