La campagne de Birmanie est terminée.

Victoire complète et décisive des Anglais.

Maintenant commençait la phase finale de la campagne de Birmanie. 15 000 hommes, les rescapés de la XXVIIIe armée de Sakurai, étaient pris au piège dans la vallée de l'Iirawaddy et les monts Pegu. Ils n'avaient que l'alternative d'attaquer à l'est ou de mourir de faim. Et ils devaient choisir vite.
Le I1 mai, de petits détachements se mirent à la recherche d'une route de repli. Mais Slim avait donné l'ordre au 4e corps de couvrir tous les chemins menant aux monts Pegu et au 33e, de nettoyer la vallée de l'Irrawaddy. Il était résolu à ce qu'aucun soldat japonais ne pût s'échapper.
Bien que pris au piège, les Japonais se battirent avec leur ténacité coutumière et, de temps à autre, leurs mortiers réussirent à faire de gros dégâts. Le 3 juillet, Honda tenta une attaque de diversion sur Waw dans l'espoir de venir en aide à Sakurai en obligeant Slim à dégarnir le centre de sa ligne de défense. Mais l'attaque s'enlisa dans les champs de riz. La mousson avait commencé au début de mai et les pluies étaient particulièrement fortes.
En juillet, les Japonais, par petits groupes, essayèrent de se glisser autour des flancs de la XlVe armée. Mais même ceux qui parvenaient jusqu'aux rives de l'Irrawaddy étaient harcelés nuit et jour. Quant à ceux qui tentaient de le traverser, Slim rapporta qu' « ils étaient surpris au moment où ils lançaient leurs radeaux, abattus pendant qu'ils nageaient et charriés comme des tronçons de bois ou entraînés par le courant rapide et noyés ». Ceux qui survivaient à la traversée de l'Irrawaddy étaient abattus plus à l'est ou noyés dans le Sittang. En juillet, on compta I 1 500 cadavres. Le 4 août, aucun Japonais ne parut. Ni les jours suivants. Il n'en restait plus. La campagne de Birmanie était terminée.
Comment résumer cet épisode unique et extraordinaire de la seconde guerre mondiale ? Pourquoi les Japonais gagnèrent-ils les deux premiers rounds de la bataille et perdirent-ils le troisième de façon si décisive ?
Le poids de l'armement et du nombre d'hommes que la Grande-Bretagne avait pu prélever dans son Empire fut, certes, un facteur important comme fut vitale aussi la supériorité aérienne que les Alliés avaient réussi à acquérir ; au surplus, les soldats britanniques, indiens et gurkhas furent en mesure de démontrer, à partir de 1944, qu'ils pouvaient surpasser l'adversaire. Mais il n'est de bons soldats sans chefs de valeur, et en Mountbatten comme en Slim, le S.E.A.C. avait trouvé des commandants exceptionnels.
En arrivant aux Indes, Mountbatten avait dû faire face non seulement à des préjugés et à une inertie tenaces, mais encore à des problèmes administratifs et logistiques d'une très grande complexité. Par son habileté professionnelle, sa personnalité et son intégrité, il réussit à surmonter tous les obstacles.
Quant à Slim, on peut le considérer comme le plus grand général anglais depuis Marlborough. Sous son commandement, la XIVe armée acquit une redoutable puissance de choc. Calme, courtois, résolu, sachant demander conseil même à de simples soldats, sa personnalité grandit au fil des mois. Ses vues, ses prédictions, ses plans tactiques se révélèrent rigoureusement exacts, et en anéantissant trois armées entières sur le champ de bataille, il remporta l'une des victoires les plus complètes et les plus décisives de toute l'histoire militaire.
Des Japonais, on peut dire qu'aucun soldat ne s'est jamais battu avec un tel acharnement et un tel esprit de sacrifice. Chaque unité combattit jusqu'au dernier homme. Et sauf quelques cas isolés, aucun soldat ne se rendit pendant toute la campagne. Bien que limités dans leur action par la rigidité du code samouraï, les généraux japonais étaient des hommes d'une grande habileté et d'une énergie peu commune. Mutaguchi fut à deux doigts de réussir dans sa marche sur Delhi »: Sakurai fit grande impression dans l'Arakan ; Honda se révéla un chef superbe, même dans la défaite.
En fait, un seul facteur a sans doute fait pencher la balance du côté des Alliés : le génie de Slim. Seule sa fantastique habileté tactique brisa la furia de l'attaque japonaise en 1944. Ce qui advint par la suite n'était qu'un enchaînement logique des choses.
capitulation japonaise en birmanie en 1945
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