La résistance des forces indiennes et des Gurkhas

Les fantassins japonais s'immolaient par vagues successives...

Imphal offrait l'aspect d'un moyeu de roue d'où partaient, comme autant de rayons, plusieurs routes sur lesquelles les Japonais opérèrent pendant quatre mois. «Partout et à tout moment, écrit Slim, il fallait s'attendre à voir surgir l'ennemi et nous devions nous tenir sur le qui-vive, être prêts à l'anéantir. Néanmoins, les combats suivaient toujours le même schéma et se déroulaient invariablement sur les rayons mêmes de la roue, ou dans le voisinage immédiat, car c'était là, et là seulement, que canons, chars et véhicules pouvaient se déplacer.»
La bataille la plus acharnée eut lieu au sud-est d'Imphal, à Tengnoupal, où le général Tsunoru Yamamoto, pressé par ses supérieurs, faisait l'impossible pour percer la défense britannique avec ses chars et son artillerie. Pendant six jours et six nuits, les forces indiennes et gurkhas opposèrent à l'armée japonaise une résistance particulièrement opiniâtre. On se battit, rapporte Slim, jusqu'au moment où «l'on vint dans les deux camps à un tel degré d'épuisement que personne d'un côté ni de l'autre ne fut en mesure de relancer le combat».
Au sud-est, sur le pourtour de la roue, dans la direction de Tiddim, une unité japonaise s'inséra entre le gros de la 49e brigade indienne et son bataillon d'avant-garde, et se battit presque jusqu'au dernier homme. Ne pouvant espérer poursuivre leur progression sur cette route, les Japonais portèrent alors leur attaque d'un autre côté, vers l'ouest, et tentèrent une percée par la piste Silchar-Bishenpur.
Pour couper cette voie de communications aux renforts britanniques, ils firent sauter un pont suspendu qui franchissait sur une centaine de mètres une vallée encaissée. Dans la soirée du 14 avril, à la faveur d'une échauffourée dans le voisinage, trois Japonais en mission-suicide trompèrent la vigilance des sentinelles de garde sur le pont et placèrent des charges explosives. Tout espoir de pouvoir regagner leurs lignes leur était interdit. L'un deux s'élança ensuite dans le vide, les deux autres périrent dans l'explosion.
Le 20 mai, on se battit furieusement dans la bourgade de Bishenpur, où les hommes de la 33e division japonaise, qui tentaient désespérément d'atteindre Imphal, avaient reçu l'ordre de se faire tuer sur place plutôt que de reculer. «C'est en vous disant que la mort a plus de légèreté qu'une plume que vous n'aurez aucune difficulté à prendre Imphal », leur avait déclaré le général Nobuo Tanaka. «Et ne vous faites aucune illusion, sachez bien que cela signifie qu'il est très probable que la division sera presque totalement anéantie.»
Les fantassins japonais s'immolaient par vagues successives, les artilleurs ne lâchaient leurs pièces que tués à bout portant ou transpercés de coups de baïonnette. Slim ressentit une vive émotion devant tant de bravoure. «Quoi que l'on puisse penser de la sagesse d'une conception militaire qui assigne aux troupes des objectifs pratiquement inaccessibles, a-t-il écrit, on ne saurait mettre en doute l'intrépidité et l'esprit de sacrifice des combattants japonais qui tentaient de les atteindre. Je n'ai jamais constaté rien de semblable dans aucune autre armée.»
Les semaines passaient et Scoones ne parvenait toujours pas à briser l'encerclement d'Imphal. Au grand état-major britannique, on commençait à s'impatienter et à critiquer son action. Mountbatten montrait de l'inquiétude et les collègues de Slim le pressaient de délivrer Imphal à tout prix pendant qu'il en était encore temps. L'un d'entre eux alla même jusqu'à lui suggérer d'envoyer sur la route d'Imphal-Kohima un convoi de transports de troupes précédé d'une colonne blindée pour enfoncer les lignes ennemies. Cette opération permettrait aux renforts de rejoindre le quartier général du Ive corps. Slim fit observer que, les ponts étant détruits, cette opération reviendrait à engager un convoi de destroyers et de navires marchands dans un canal exposé au feu de l'ennemi et dont le lit serait à sec sur certaines sections.
Slim avait d'ailleurs imaginé une solution pour ravitailler le Ive corps. Il décida d'établir un pont aérien, susceptible de fonctionner, si cela s'avérait nécessaire pendant la mousson d'été. Afin de limiter les besoins dans la plaine, il fit évacuer par avion 30000 non-combattants et réduisit à 65 p. 100 de la normale la ration quotidienne des 155000 hommes de troupe qui restaient sur place.
Ravitailler par air tout un corps d'armée posait d'énormes problèmes, encore compliqués par le manque d'appareils. La R.A.F. releva le défi. Elle utilisa tous les avions disponibles, y compris les 79 appareils provisoirement prêtés par l'état-major des forces du Moyen-Orient. Mountbatten prit sur lui de les maintenir sur le théâtre d'opérations au-delà de la date de retour normalement prévue. Churchill lui télégraphia son approbation: «Ne laissez rien échapper de ce qui est indispensable pour vous mener à la victoire.»
Cette opération, judicieusement baptisée Stamina — force vitale — prit des proportions monumentales. Du 18 avril à la fin juin, l'aviation transporta à Imphal 12000 hommes, près de 19000 tonnes de ravitaillement et parachuta même des ponts préfabriqués, des mulets, des moutons et des chèvres. A la fin avril, grâce au succès du pont aérien imaginé par Slim, les troupes encerclées et leurs renforts passaient déjà à l'offensive dans la plaine d'Imphal.
bataille -imphal-1944
operation stamina à imphal en 1944
blesses japonais campagne birmanie 1944
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