La plus grande défaite terrestre du Japon

Un spectacle lamentable d'hommes épuisés, décharnés, démoralisés...

soldats anglais en 1944 en Birmanie
Le 8 juillet, quatre mois après le début de la «Marche sur Delhi», les troupes de Mutaguchi repassèrent la Chindwin pour se retirer en Birmanie. Elles offraient le spectacle d'un cortège lamentable d'hommes épuisés, décharnés, démoralisés, cheminant dans un pays inondé par les pluies de mousson. Le commandement s'était effondré; seule la 33e division gardait sa cohésion malgré de lourdes pertes. Les hommes ne trouvaient rien à manger, ayant déjà pillé pendant leur avance dans cette même région les réserves de riz des villages qu'ils rencontraient.
Un journaliste qui prit part à la retraite en a laissé ce tableau: «A la fin, il ne nous restait ni munitions, ni vêtements, ni vivres, ni fusils. Les hommes se débarrassaient de leur équipement, ne gardant qu'un bâton pour s'aider à marcher. Ils allaient pieds nus, dépenaillés, et leurs yeux luisaient comme des braises dans leurs visages hâves. Pour se soutenir, ils n'avaient que de l'eau et de l'herbe, et devant eux, c'était la jungle, des montagnes immenses et des fleuves en crue.» Un autre journaliste qui parvint à joindre Mutaguchi obtint de lui cette confession peu banale: «J'ai envoyé à la mort mes hommes par milliers. Je ne mérite pas de rester en vie pour repasser Chindwin.»
Les Britanniques, qui suivaient à la trace les Nippons en déroute, découvraient des centaines de morts que l'on n'avait pas eu le temps d'ensevelir, des quantités de blessés et de malades qui agonisaient. Dans les hôpitaux de campagne abandonnés par l'ennemi, le spectacle était effroyable. Les fuyards avaient achevé leurs camarades pour leur épargner le déshonneur de la captivité.
Relevé de son commandement, Mutaguchi fut envoyé en disgrâce à Singapour. Sanctionné lui aussi, Sato se vit offrir une épée par un membre de l'état-major de Mutaguchi, le colonel Shumei Kinoshita, qui l'invita à se faire hara-kiri.
Sato refusa, déclinant toute responsabilité dans la défaite. On envisagea de le traduire en cour martiale, mais les médecins estimèrent que son état mental ne lui permettait pas de passer en jugement.
A Imphal et Kohima, les Japonais venaient de subir la plus grande défaite terrestre de leur histoire. Elle se soldait par trente mille tués, vingt-cinq mille malades et blessés, et la perte d'une bonne partie de l'artillerie, des blindés et du matériel de transport. La XVe armée était hors de combat. Pour exploiter à fond leur victoire, les Britanniques prenaient leurs dispositions pour harceler les Japonais tandis qu'ils battraient en retraite pendant la saison des pluies. Ils envisageaient en même temps de reprendre la Birmanie.
Les soldats anglais qui entrèrent à Mao pour occuper cette petite localité située sur la route d'Imphal à Kohima que les Japonais avaient traversée pendant leur retraite, purent lire sur un mur l'inscription suivante: «Britanniques — Trop de canons, de chars et d'hommes. Japonais s'en vont, mais reviendront dans six mois.»
L'auteur de l'inscription se trompait complètement. En réalité, les troupes des Japonais ne revinrent jamais.
suivant