Le calvaire de l'armée de Honda

Une seule idée... Fuir !

Au cours de leur avance irrésistible en direction de Rangoon, les troupes alliées s'étaient heurtées à plusieurs reprises, à une résistance acharnée d'unités japonaises sacrifiées. Ces unités appartenaient à la XXXIIIe armée du général Honda, qui devait effectuer, depuis Mandalay jusqu'au sud de la Birmanie, une des retraites les plus remarquables de l'histoire.
Honda n'occupait pas une place exceptionnelle dans la hiérarchie japonaise ; c'était cependant un soldat de valeur, doué d'une très grande force de caractère. Il avait l'esprit offensif comme tous les généraux japonais, mais il savait décrocher à temps, quand la situation l'exigeait. S'il est difficile de parler de « popularité » dans l'armée japonaise, il est certain que ses hommes l'estimaient et il s'était acquis la réputation de traiter convenablement les blessés. Il n'avait jamais donné l'ordre, comme certains de ses collègues, de les renvoyer au feu.
A partir de fin mars 1945, les armées japonaises allaient être totalement dominées par les événements. Honda fut incapable de tenir des lignes de défense trop longues pour ses forces, et ses lignes de communication commencèrent à devenir peu sûres. De plus en plus, des unités recevaient l'ordre de s'établir sur des positions qu'elles trouvaient déjà occupées par les Alliés. Tout le long de l'Irrawaddy, les colonnes de Honda furent bombardées par l'aviation et harcelées par des colonnes mobiles fonçant en tête du 4e corps de Messervy. Honda manquait d'artillerie, de munitions et de nourriture. Un grand nombre de blessés marchaient avec les colonnes et tout au long de cette terrible marche, Honda en vit beaucoup tomber et s'étendre sur le bord de la route pour mourir. Le service de santé avait pratiquement cessé d'exister. Les trois divisions étaient ramenées à la force d'une seule, et elles continuaient à s'affaiblir.
Malgré cette situation désespérée, Honda était obligé de retarder au maximum l'avance de l'adversaire. Il décida de s'arrêter à Pyawbwe, à l'entrée de la vallée du Sittang. C'est là qu'une colonne blindée, débouchant brusquement aux abords de la ville, faillit s'emparer de lui et de son état-major. Honda et ses officiers parvinrent à Yamethin à pied, et, là, purent trouver des moyens de transport. Jusqu'au 6 avril, de violents combats se déroulèrent aux approches de Pyawbwe ; Honda y perdit encore 302 hommes, sans parler des blessés. Le 10, Cowan et la 17e division indienne avaient encerclé Pyawbwe et l'attaque finale commença.
general honda
retrate de l'armee de honda en birmanie en 1944
anglais en birmanie en 1944
A l'aube du 11, les Alliés s'étaient emparés de Pyawbwe et les restes de la garnison avaient réussi à décrocher au cours de la nuit. Les survivants ne pouvaient être bien nombreux ; près de 2 000 cadavres japonais furent relevés dans la ville et les villages environnants. Honda avait donné l'ordre à la garnison de se replier au cours de la nuit du 10; mais il fut, une fois de plus, devancé par les événements quand les troupes de Cowan investirent rapidement la ville. L'armée de Honda avait pratiquement cessé d'exister en tant que force combattante.
Avec des unités qui ressemblaient de plus en plus à un troupeau, Honda reprit sa marche vers le sud, avec l'intention de résister à Shwemyo et sur le Sinthe chaung, où la voie ferrée, la route et le Sittang se rejoignaient dans une vallée étroite.Il donna également des instructions à la 49e division, alors complètement désorganisée et virtuellement hors de combat. En réalité, les communications étaient pratiquement interrompues et Honda n'était pas sûr qu'un message parvînt à destination et même alors, qu'il fût exécuté. Les hommes et les officiers étaient au bout de leur rouleau. Ils n'avaient plus qu'une idée : fuir.
Il fut impossible de résister à Pyinmana ; la 161e brigade indienne apparut avant que l'on eût pu terminer les emplacements de tir et, pour la seconde fois en dix jours, le quartier général de Honda fut encerclé. Il réussit cependant, après un violent combat, à s'échapper et il effectua une longue marche en pleine nature. Son dernier espoir était de conduire ses hommes à Toungoo, à 100 km au sud. Il y eut alors un moment de répit.
Déployant une activité fébrile et s'imposant à ses hommes, qui arrivaient à peine à tenir debout, Honda ordonna à la 18e et à la 53e division et aux restes de la 49e de marcher en direction de l'estuaire du Sittang, en suivant la rive orientale de la rivière. La marche commença dans la nuit du 29, sous des trombes d'eau qui gonflaient les torrents dépourvus de ponts et mettaient à rude épreuve les soldats qui avaient atteint les limites de l'endurance humaine. Honda avait envoyé ses derniers canons et ses derniers véhicules par la route de Mawchi ; aussi les hommes ne pouvaient-ils compter que sur eux-mêmes.
L'avance était lente et difficile. Honda ignorait si la route ne serait pas coupée par des colonnes mobiles alliées ou s'il ne serait pas attaqué sur ses arrières. Mais il savait que Toungoo était déjà tombé et que les blindés alliés y avaient fait irruption alors que la police japonaise dirigeait encore la circulation. Quelques agents avaient été écrasés par les chars. Cependant, au lever du soleil, la pitoyable colonne marchait vers le sud sans être inquiétée. Si elle pouvait encore tenir pendant 150 km, elle atteindrait la région relativement sûre de l'estuaire du Sittang.
Quelques jours plus tard, Honda atteignit enfin l'estuaire, après avoir encore perdu plusieurs centaines d'hommes des suites de blessures ou de fatigue. Il avait été constamment sur la brèche pendant dix mois et il avait effectué une retraite de 1 000 km.
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