La bataille d'Imphal

Mutaguchi prend l'offensive.

Ce fut une des plus importantes batailles de la guerre qui commença quand les japonais encerclèrent les forces britanniques qui défendaient le Chindwin et s'aventurèrent dans le Manipur. Cette fois, au lieu de s'effondrer, comme on avait pu le voir précédemment, les Britanniques tinrent bon devant Imphal, stoppant d'importantes forces japonaises jusqu'à l'arrivée des renforts. La dernière offensive japonaise a marqué un tournant dans ce conflit et permis aux Alliés de repartir à la conquête de la Birmanie.
Mutaguchi dressait ses plans. Tout d'abord, pour duper les Britanniques et les contraindre à engager leurs réserves, il lancerait sa 55e division contre le XVe corps, au sud, dans l'Arakan. Une fois leur attention attirée de ce côté-là, il marcherait sur Imphal avec trois divisions — la 31e, la 33e et la 15e, qui venait de subir un entraînement au combat dans la jungle en Thaïlande.
A ces forces s'ajouterait une division de l'armée nationale indienne, mais il ne faisait pas fond sur elle. Encadrée par des officiers inexpérimentés, elle comprenait un bon nombre de soldats capturés par les Japonais en Birmanie. Bien qu'endoctrinés par le farouche leader nationaliste Subhas Chandra Bose, ils paraissaient d'un loyalisme douteux.
En février, la 55e division japonaise déclencha son action de diversion dans l'Arakan contre le XVe corps. Cette opération fut le prélude de ce qu'on allait appeler la bataille d'Imphal-Kohima. Comme Mutaguchi l'avait escompté, Slim se trouva dans l'impossibilité de faire appel au soutien des forces alignées au sud, et dut même envisager, à un certain moment, d'envoyer des renforts pour dégager le XVe corps. Au début mars, Mutaguchi était donc fin prêt à entamer ce que la radio de Tokyo appela, non sans emphase, la «Marche sur Delhi».
debut de la bataille d'Imphal en 1944
imphal 1944
soldats indiens à imphal en 1944
L'offensive débuta le 8 mars 1944, sans d'ailleurs éveiller spécialement l'attention des Britanniques. Une patrouille gurkha signala bien que deux mille Japonais faisaient mouvement vers l'ouest, dans les parages de Mualbem, mais Scoones ne bougea pas. C'est seulement le 13 mars, quand l'ennemi entreprit de couper la route d'Imphal sur les arrières de la 17e division, qu'il lui donna l'ordre de se replier. Cette division malheureusement attendit le lendemain pour se mettre en route. Il était déjà trop tard. L'ennemi la tenait.
Les Japonais avaient bloqué la route d'Imphal en quatre points. Scoones dut prélever sur la 23e division deux brigades pour aider la 17e division à forcer les barrages. Très à l'aise dans la jungle, l'ennemi ne tarda pas à isoler complètement ces deux formations. Au même moment, une autre unité japonaise attaquait la 20e division britannique et tentait de lui interdire la sortie de la vallée de la Kabauw. Selon l'expression imagée que le général Slim employa avec justesse, Anglais et Japonais se trouvaient juxtaposés en «tranches napolitaines» sur la route d'Imphal.
La situation paraissait évoluer suivant le plan de Mutaguchi. Au 19 mars, moins de deux semaines après le début de l'offensive, ses troupes se trouvaient à moins de soixante kilomètres d'Imphal. Mais Slim et Scoones n'étaient pas à bout de ressources, tant s'en fallait.
Pour fournir des renforts et du matériel aux unités bloquées dans la nasse japonaise sur la route, la R.A.F. et l'aviation américaine de transport organisèrent un pont aérien en utilisant quelques C-47 mais surtout des appareils de transport nouveaux C-46, d'une capacité totale de 4 tonnes, deux fois supérieure à celle du C-47. Les équipages, habitués à approvisionner les forces chinoises et américaines en Haute-Birmanie, réussissaient le tour de force de parachuter sans encombre un chargement complet de sacs de riz à l'intérieur d'une zone de cinquante mètres de rayon.
Cette initiative aérienne, ajoutée au soutien des deux brigades de la 23e division, permit aux deux divisions bloquées de forcer les barrages. Par ailleurs, on apprenait de bonnes nouvelles: la situation s'améliorait également dans l'Arakan, où les Britanniques prenaient à leur tour l'offensive contre la 55e division japonaise.
Avec l'appui de Mountbatten, qui de sa propre autorité, retira de la route de la Bosse un certain nombre d'appareils de transport pour les mettre à sa disposition, Slim transféra de l'Arakan à Imphal une formation rompue au combat, la Se division indienne, dite «Boule de Feu ». Il ne fallut que onze jours — exploit logistique inouï pour l'époque — pour la transporter au grand complet, avec son artillerie, ses mulets et ses jeeps. A peine débarquées, certaines unités ne marquaient aucune pause et montaient tout droit en ligne.
Au début du mois d'avril, le XXIIIe corps — intégré depuis peu à la XIVe armée — venait occuper le secteur DimapurKohima, tandis que le Ive corps se concentrait dans la plaine d'Imphal. Si l'on ajoute aux formations ainsi rassemblées la 5e division transférée de l'Arakan, ce n'étaient plus trois divisions mais quatre que Mutaguchi trouvait en face de lui.
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