La bataille de Kohima pendant le siège d'Impahl

La défense héroïque de Kohima

Le siège d'Imphal a marqué l'effondrement de la « Marche sur Delhi » des Japonais et les a empêchés d'acheminer le ravitaillement et les renforts nécessaires pour briser la résistance britannique à Kohima. Mais c'est à Kohima que la victoire a été remportée...
Les Japonais donnèrent l'assaut le 4 avril 1944 au soir. Mal préparée, la garnison de Kohima comprenait à peine un millier d'hommes en état de porter les armes, dont un certain nombre de convalescents, des troupes de l'arrière, des éléments de la police locale et quelques montagnards du le' régiment de l'Assam épuisés par de récents combats. Les défenseurs manquaient de matériel, de barbelés notamment, et la conduite d'eau qui la reliait à l'unique source descendait au flanc d'une colline voisine que les Japonais n'allaient pas manquer d'occuper.
Le lendemain à l'aube, des renforts de la 161e brigade britannique tentèrent de s'introduire dans Kohima par le nord, mais le périmètre de défense s'était déjà si fortement rétréci que seul un bataillon du Royal West Kents parvint à s'y glisser. Le restant de la 161e brigade prit alors position à quatre kilomètres au nord-ouest de la ville pour donner aux assiégés de la garnison l'appui de son artillerie.
Commandée par le général Kotuku Sato (à gauche), qui ne possédait qu'une expérience limitée du combat et n'appréciait que médiocrement sa présente mission, la 31e division japonaise, forte de 20000 hommes, venait d'effectuer à travers les montagnes une marche très éprouvante. Elle avait perdu la plupart de ses animaux de bât sur son chemin, et manquait de ravitaillement. Sato n'en prit pas moins le parti d'attaquer. Il contraignit les assiégés, par deux fois en 24 heures, à resserrer leur périmètre. Il réussit aussi à bloquer la route de Dimapur sur les arrières de la 161e brigade de façon à interdire l'accès de Kohima à d'éventuels renforts britanniques.
Ayant ainsi assiégé la garnison et immobilisé la 161e brigade, Sato se trouvait maintenant à même d'exploiter une splendide possibilité stratégique. Il lui suffisait de laisser à Kohima l'effectif nécessaire au maintien du siège. Cela assuré, il n'avait qu'à marcher sur le centre ferroviaire sans défense de Dimapur, à soixante-dix kilomètres au nord, et couper Stilwell et la Chine de leurs sources de ravitaillement. Mutaguchi vit parfaitement le parti exceptionnel qu'il pouvait tirer de la situation. Il enjoignit à Sato d'aller s'emparer le plus vite possible de Dimapur et fit part de sa décision à son propre supérieur, le général Masakazu Kawabe, commandant l'armée japonaise de Birmanie.
Sous un masque orné d'une magnifique moustache, Kawabe cachait une volonté inflexible. Il accueillit mal cette initiative, peut-être dans la crainte que l'impétueux Mutaguchi ne poussât la témérité trop loin et ne surestimât ses chances. Il lui fit observer que Dimapur «ne figurait pas parmi les objectifs stratégiques de la XVe armée».
Contraint de renoncer à son ambitieux projet, Mutaguchi, tout à fait conscient qu'il laissait passer une occasion qui ne se représenterait pas, donna l'ordre à Sato de ramener ses troupes à Kohima. Bien des années plus tard, il restait persuadé que, si Kawabe l'avait laissé faire, la tournure des événements en Birmanie eût été toute différente.
Sato concentra donc son action sur Kohima, où la garnison britannique se défendait âprement. Slim fut extrêmement surpris par le comportement de son adversaire. Le soldat nippon l'impressionnait par son courage et sa ténacité, mais ses chefs lui paraissaient souvent manquer d'imagination. Pourquoi, au lieu d'aller prendre Dimapur, Sato persistait-il à lancer de coûteuses attaques contre Kohima? Des officiers de la R.A.F. manifestant l'intention de bombarder le poste de commandement du général japonais, Slim les en dissuada à leur grand étonnement. «Celui qu'ils voulaient anéantir était à mes yeux l'un de mes généraux les plus précieux», expliqua-t-il plus tard.
Toutes les nuits, les Japonais lançaient une série d'attaques sur Kohima. Tantôt ils chargeaient en hurlant au son du clairon, tantôt ils s'infiltraient en silence dans les lignes britanniques. Des hauteurs où ils avaient pris position, ils arrosaient d'obus la masse de verdure qui constituait la seule protection des défenseurs dans leurs positions hâtivement aménagées et leurs tranchées découvertes.
Quand ils eurent détruit ce camouflage, leurs tireurs rendirent tout mouvement impossible de jour à l'intérieur du périmètre de défense. Ils coupèrent bien entendu la conduite d'eau et criblèrent les citernes de projectiles. Les assiégés durent réduire la ration à un demi-litre par jour, terrible privation par la chaleur torride.
bataille de kohima en 1944
général Kotuku Sato
bataille de kohima en 1944 en birmanie
Sous la pression intense de l'ennemi, les défenseurs resserrèrent encore leur périmètre au point de se trouver confinés dans un espace triangulaire de quatre cents à cinq cents mètres de côté. Les médecins opéraient dans des fosses à ciel ouvert, les blessés gisaient sur le terrain ou dans des tranchées, exposés à la mitraille et aux éclats d'obus shrapnells qui atteignaient parfois certains d'entre eux.
blesses pendant la bataille de kohima en 1944
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