Les Alliés au plus bas

Vaincus, mais pas pour longtemps...

En Inde, les Britanniques se heurtaient à d'énormes difficultés. La base logistique indispensable pour monter et soutenir une grande offensive faisait défaut. On avait amputé le réseau ferroviaire indien de ses locomotives, de son matériel et de son personnel technique au profit d'autres théâtres d'opérations. Il ne subsistait qu'un personnel quasi illettré, incapable de faire face aux tâches de plus en plus nombreuses que lui imposait une situation de temps de guerre. Le front s'étendait sur mille deux cents kilomètres le long de la frontière indo-birmane, qui, aux dires du général Slim, était «l'une des pires régions du monde, où germaient les pires maladies du monde, affligée en outre pendant une bonne moitié de l'année du pire climat du monde». Considérant que cette zone ingrate constituait en soi un rempart contre une invasion éventuelle, les Anglais n'avaient pas songé à la doter du système routier et ferroviaire sur lequel doit pouvoir s'appuyer une armée appelée à défendre une frontière.
Pour acheminer le ravitaillement jusqu'au golfe du Bengale, au sud du front, il fallait procéder à des transbordements à la main et pièce par pièce, car les voies changeaient d'écartement, et parfois le transport devait s'effectuer par voie fluviale. Les cargaisons destinées au secteur central du front parcouraient un millier de kilomètres dans les mêmes conditions. Le ravitaillement du secteur nord du front devait s'effectuer par l'antique chemin de fer du thé, qui, de Calcutta à Ledo, couvrait un parcours de 1300 kilomètres. La voie étant unique, les trains ne pouvaient se croiser qu'aux stations. Le ballast était fréquemment emporté par les inondations, enseveli sous les glissements de terrain ou disloqué sur une distance plus ou moins grande par les secousses sismiques.
Les troupes alignées à la frontière indo-birmane étaient chichement nourries. Les Anglais mangeaient du boeuf en conserve, des biscuits, et un plat à base de viande et de farine de soja, qu'ils appréciaient peu. Ce régime alimentaire ne convenait pas aux troupes indiennes, soumises à la stricte observance imposée par leurs castes et leurs religions qui, si différentes qu'elles fussent, proscrivaient maintes denrées. La crise économique qui sévissait en Inde aggravait encore la pénurie. Les populations stockaient les vivres, et l'inflation montait en spirale. La récolte de riz de 1943 fut catastrophique. La disette ravagea les campagnes et plus d'un million de personnes moururent de faim. On tenta de remédier à cette situation en transférant du ravitaillement des régions les moins défavorisées vers les régions les plus éprouvées, mais l'opération ne réussit qu'à embouteiller un réseau de transport déjà très surchargé.
Les Anglais manquaient de matériel de toute nature postes de radio, véhicules, armes, médicaments. Slim ('à gauche), qui commandait le XVe corps d'armée récemment constitué, estimait que l'insuffisance de ses stocks de munitions se situait entre 26 p. 100 et 86 p. JO selon les calibres. Le moral était bas, les désertions fréquentes et la mortalité si élevée que Slim voyait ses unités fondre à vue d'oeil. Une forme de typhus, incurable et mortelle, inconnue jusqu'alors en Birmanie, décimait les troupes, et la malaria, si l'on évalue ses effets sur toute une année, atteignit 84 p. 100 des effectifs. Certains hommes refusaient d'absorber les comprimés préventifs de mépacrine, convaincus que ce médicament les rendrait impuissants; d'autres voyaient dans une crise de paludisme une excellente occasion d'être maintenus à l'arrière.
Au cours de l'année 1942, les Britanniques se trouvaient confrontés en Inde à un autre problème. Ils préparaient la contre-attaque dans une atmosphère viciée par l'attitude sécessionniste de la population, quand celle-ci n'était pas nettement en rébellion. Le chef nationaliste Mohandas Gandhi réclamait le départ des Anglais, et engageait ses disciples, les membres du parti du Congrès, à pratiquer la désobéissance civile. Dans un tel climat politique, le recrutement des troupes s'avérait difficile. Après l'arrestation de Gandhi et de son entourage, des émeutes éclatèrent à Calcutta et dans l'est de l'Inde, le long de la frontière birmane. La foule s'attaqua aux moyens de communication, arracha les rails de chemin de fer, sabota les systèmes de signalisation, sectionna les fils téléphoniques et télégraphiques, et massacra des Européens.
De crainte de voir les Japonais exploiter la situation — et c'était bien ce qu'ils comptaient faire, de concert avec l'armée nationale indienne — Wavell, commandant en chef des forces britanniques en Inde, envoya 57 bataillons d'infanterie rétablir l'ordre dans les campagnes. Devant la nécessité impérieuse de mater la révolte et de maintenir en même temps des effectifs suffisants devant l'armée japonaise, Slim dut se constituer une réserve de troupes en vidant les hôpitaux militaires de Calcutta et de Barrackpore de tous les hommes en traitement pour maladies vénériennes.
Pour tous ces motifs, les Britanniques se trouvaient hors d'état d'entreprendre une offensive de grande envergure, et pourtant ils sentaient qu'il leur fallait prendre une initiative susceptible de remonter le moral de l'armée et de la nation. Fin 1942, ils montèrent à leurs dépens une petite opération dans l'Arakan, région côtière de la Birmanie voisine de la province indienne du Bengale.
anglais en 1942 en birmanie
gandhi
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